L'aquariophilie pour des aquariums modernes

Maladies virales des poissons d'aquarium

Maladies virales des poissons d'aquarium

Gnralits

Les connaissances concernant les maladies virales des poissons d’aquarium sont limites et ce pour de multiples raisons :

• Seul un laboratoire peut tablir le diagnostic et isoler le virus responsable de la maladie. L’aquariophile ne pense pas amener son poisson malade dans un laboratoire pour analyses.


• Les poissons prsents dans l’aquarium sont gnralement peu nombreux et appartiennent des espces diffrentes, ce qui cr des conditions dfavorables l’apparition d’une pizootie.


• Pour les poissons marins qui sont prlevs dans la nature, on peut supposer que ceux-ci ont dj acquis une immunit vis--vis des virus. Dans le domaine de la pisciculture, de nombreux virus ont dj t identifis (Picornavirus chez les salmonids d’Atlantique, Rovirus chez le Turbot, Iridovirus chez l’esturgeon blanc) ; on peut donc supposer que si peu de virus sont connus en aquariophilie, c’est parce que peu de recherches ont t menes. La capacit d’un poisson de rsister aux virus est troitement lie son tat physiologique, qui lui-mme est dpendant des conditions de maintenance et d’levage. L’aquariophile doit faire le maximum pour respecter la biologie des poissons qu’il hberge, en particulier en leur recrant un biotope qui correspond celui dans lequel vit naturellement le poisson. Ceci est d’autant plus important dans le cas d’une maintenance de sauvage.html" class=mot>poissons sauvages et constitue la seule mesure prophylactique contre toutes les maladies dont les viroses.



La Lymphocystose

Elle reprsente la maladie virale la plus connue en aquariophilie, et affecte aussi bien les poissons marins que les poissons dulaquicoles. Elle est communment appele maladie des protubrances, dnomination qui se conoit lorsque l’on voit les symptmes qui apparaissent sur un poisson ayant dclar la maladie.

Etiologie

Lymphocystis est un Iridovirus : c’est un virus non envelopp et de forme icosadrique, dont le diamtre est compris entre 215 et 240 nm. Il possde une capside. Son acide nuclique est un ADN double brin linaire et non segment de 102,7 kb, avec un pourcentage de G+C qui est de 29.1%. Le mcanisme d’entre du virus dans la cellule est inconnu, sa rplication se fait dans le cytoplasme cellulaire grce une transcriptase et une rplicase codes par le gnome viral. Il y a alors une grande concentration de virus dans le cytoplasme de la cellule, ce qui va faire grossir excessivement la cellule infecte qui peut ainsi voir sa taille tre multiplie par 100000 en quelques mois. Virus Lymphocystis. Le trait noir reprsente 100 nm. Les cellules cibles prfrentielles sont les cellules branchiales et les cellules interstitielles du tissu conjonctif sous-cutan. Les cellules hypertrophies dans la grappe, jusqu’ 200 m de diamtre, contiennent un cytoplasme vacuol et une inclusion de corpuscules faits d'une matire basophile granuleuse ou rticule, un grand noyau et une nuclole distincte Les cellules sont enlises dans un tissu granuleux sous un pithlium pidermique. Les lsions sont limites, sans aucun changement cellulaire la priphrie. Dans le dernier stade de l'infestation, les noyaux sont dsintgrs, la membrane cellulaire est dtruite et la cellule est phagocyte.

Epidmiologie

La maladie apparat soudainement sans introduction d’un nouveau poisson. Elle persiste chez les animaux guris et peut tre sujette rcidives. L’infection peut donc rester latente pendant un certain temps. Les avis sur la contagiosit de cette maladie divergent selon les auteurs : certains la considrent comme trs contagieuse et d’autres comme peu contagieuse. La contamination inter individus se ralise par contact et frottements de la peau surtout en prsence de plaies. Les ectoparasites joueraient aussi un rle dans la contamination. Les particules virales sont lches dans l'eau quand des cellules infestes clatent, se lysent et se dsintgrent. La spcificit de l'hte est marque mais non absolue. Une infection croise est possible partir de poissons d'un mme genre. Une rinfection est possible chez les espces de poissons sensibles. D'autres tudes montrent qu'il n'y a pas de rponse immunitaire vidente avant qu'il y ait une libration du matriel viral dans la lsion, c'est--dire un stade avanc de l'infestation. Ceci paratrait alors provoquer la fois un srum anticorps et une rponse d'un mdiateur cellulaire et c'est ce stade que commence la rgression Le temps d’incubation et la dure de persistance des lsions varient selon l’espce atteinte et la temprature de l’eau. Ainsi, les espces d’eau froide peuvent garder la tumeur durant plusieurs mois voire plusieurs annes, alors que les espces d’eau plus chaudes ne gardent en gnral la lsion que durant quelques heures. Par exemple, 25C, la perche soleil peut dvelopper la lsion en 10 jours. La maladie affecte de nombreuses espces d’eau douce et de mer, l’exception des Salmonids et des Cyprinids, qui semblent rfractaires Lymphocystis. En revanche, compte tenu de la frquence des observations de lymphocystose chez Holacanthus ciliaris, le poisson ange royal, appartenant la famille des Chtodontids, cette espce semble assez sensible et porteur prfrentiel de ce virus. Dans des conditions idales d’entretien, les poissons atteints dveloppent parfois une immunit, ils rsistent ainsi aux virus librs et gurissent.


Symptmes

Sur les nageoires et la peau, et plus rarement dans les muscles et les organes internes (paroi intestinale, rate, foie, msentre et exceptionnellement ovaires), on observe des protubrances muriformes ou des nodosits isoles blanches sur les nageoires, le pdoncule caudal ou les branchies. Les protubrances augmentent de taille et prennent un aspect caractristique en chou-fleur. Chaque nodule correspond une cellule hypertrophie atteignant jusqu’ 2 mm de diamtre. L’piderme est soulev par les cellules infestes. Les poissons atteints ne montrent pas de modification de comportement. Lsion de lymphocystose sur un poisson ange Evolution Elle est variable. Les formations nodulaires peuvent peu peu s’tendre sur tout le corps du poisson atteint et provoquer sa mort, ou alors ne pas se multiplier : dans ce cas l’animal porteur des lsions stables vit normalement. Plus frquemment, l’animal gurit spontanment au bout de quelques mois. L’volution dpend donc de la rsistance de l’individu et de sa capacit fabriquer des anticorps.

Poisson atteint de Lymphocystose


Diagnostic

En raison de l‘aspect caractristique des lsions, le diagnostic est assez simple. Les cellules gantes infestes par Lymphocystis apparaissent dures la palpation et ne se laissent pas arracher quand on ralise un frottis cutan, ce qui exclue l’hypothse diagnostique des parasites externes. Il faut donc prlever un fragment de tissus infects comme une nageoire ou un viscre sur un poisson rcemment euthanasi et l’examiner au microscope. Les lsions consistent en grappes de cellules dermiques hypertrophies de 100 330 m de diamtre, avec un mur pais de cellules hyalines osinophiles et un noyau extrmement grand avec un nuclus grand et distinct. Le cytoplasme peut contenir des inclusions basophiles (ADN) qui sont des granules en forme de bande, rticuls ou isols, aussi bien que des vacuoles. Les micrographies lectroniques peuvent rvler des particules virales dans le cytoplasme. Cellules infectes par le virus Lymphocystis. On peut remarquer leur gros macronuclus au centre (en rose clair) et les corps d’inclusion en violet. Les lsions peuvent cependant tre confondues avec des lsions dues Epitheliocystis, qui une bactrie de type Chlamydia qui infecte aussi le peau des poissons. Les cellules atteintes sont plusieurs fois plus grandes que celles atteintes par Epitheliocystis et ne contiennent pas de substance granuleuse, mais un noyau fortement augment de volume et facilement visible. Il existe aussi des techniques de diagnostic srologique par immunofluorescence indirecte, mais cela est plutt rserv l’aquaculture.

Traitement

Il n’existe pas de chimiothrapie contre cette maladie. Le traitement est uniquement chirurgical : il faut viter la progression de la maladie en ralisant l’ablation chirurgicale des parties lses ; cette opration doit tre effectue rapidement, en quelques dizaines de secondes, sans anesthsie, aprs avoir entour le poisson d’une serviette humide imprgne de l’eau de l’aquarium et en le maintenant avec douceur. Il faut inciser assez loin des marges des lsions afin d’viter toute rcidive ; Lorsque l’ablation n’est pas possible, un lger grattage au scalpel va permettre d’enlever les nodosits. Apres opration, les rgions concernes doivent tre badigeonnes d’ther iod puis cautrises et ce enfin d’viter une surinfection bactrienne. Le sujet doit ensuite tre isol et recevoir une alimentation varie et riche en vitamines. Il doit en outre tre plac dans un aquarium le plus sain possible. Dans ces conditions, on observe souvent une gurison et une rgnration des nageoires. prophylaxie Il faut rechercher avec soin l’infection par Lymphocystis sur les nouveaux poissons placs en quarantaine. En aucun cas, il ne faut transfrer les poissons atteints dans leur aquarium dfinitif o ils pourrant contaminer d’autres habitants du bac. Il faut sacrifier les poissons dont l’infection ne se limite pas aux nageoires et qui ne peuvent pas tre traits chirurgicalement.

Distribution gographique

La maladie est connue chez les espces sauvages : La lymphocytose a t signale dans les eaux marines et continentales d'Europe, de l'Amrique du Nord et du Sud (y compris chez les espces de Cichlids d'Amrique du Sud). En Afrique, elle a t rencontre jusque sur les cichlids du lac Victoria, des lacs George et Kitangiri, en Afrique de l'Est. Enfin, il faut savoir que la lymphocystose n’est pas une zoonose.


pathologies dues un Herpesvirus

Deux maladies sont dues un Herpesvirus. La premire est une maladie bnigne appele en anglais carp pox ou Papillosum cyprini et est une des maladies de poissons les plus anciennement connues. L’autre maladie est cause par un Herpesvirus de type plus pathogne et a t reconnue comme cause de plusieurs pizooties chez les carpes ko (poissons de bassin) en Europe et en Amrique du nord.

Papillosum cyprini

Etiologie

Cette maladie est cause par un Herpesvirus de type I. Bien que ce virus affecte communment les carpes, il a aussi t retrouv chez les espces d’eau froide et dans des aquariums abritant des poissons tropicaux.

Symptmes

Le signe clinique principal est une hyperplasie de l’piderme et est souvent observ sur des poissons gs de plus de deux ans et durant les mois d’hiver pour les animaux sjournant dehors. Les lsions ressemblent des gouttes de cire de bougie blanche et sont prsentent sur tout les corps et les nageoires. Bien qu’elles puissent rgresser, elles rapparaissent souvent et peuvent persister pendant plusieurs annes.

Lsions macroscopiques : voir ci-dessus.

Lsions microscopiques :

l’analyse histologique des lsions rvle une hyperplasie des cellules pithliales, ainsi que de quelques cellules productrices de mucus. Dans les cas les plus avancs, l’hyperplasie va jusqu’ former des lsions papilleuses caractrises par des cellules pithliales hyperplasiques portes par du tissu conjonctif. Les autres organes ne sont pas affects. Traitement Il n’y a pas de traitement pour cette maladie, et une intervention chirurgicale pour retirer les zones lses donne des rsultats inconstants et dcevants. Quelquefois, les lsions peuvent disparatre spontanment quand la temprature de l’eau est augmente jusqu’ environ 20 C.

Prvention

La maladie est relativement bnigne, mais diminue la valeur commerciale des animaux atteints. Les animaux atteints peuvent donc tre limins si des enjeux importants sont en jeu.


Herpesvirose pathognique

Etiologie

Cette maladie est due un Herpesvirus diffrent de celui responsable de la carp pox , isol de carpes et de poissons rouges malades. Ce virus, qui affecte les carpes ko, appel herpesvirus des ko , apparat tre hautement infectieux, causant une maladie aigue des branchies dont la mortalit peut atteindre jusqu’ 100%. La maladie est plus svre lorsque l’eau est une temprature comprise entre 18 et 25 C, et est donc plus commune durant les mois d’t en Angleterre (car les poissons rouges et les ko sont avant tout des poissons de bassin).

Symptmes

Les poissons affects deviennent lthargiques et nagent prs de la surface de l’eau. Ils peuvent aussi piper l’air la surface et montrer des problmes respiratoires. La surface du corps et les branchies peuvent tre couvertes par un excdent de mucus et occasionnellement les branchies sont ples et mouchetes. Ces lsions constituent le principal signe clinique et peuvent varier du changement trs discret jusqu’ la ncrose svre du tissu branchial

Lsions Macroscopiques : voir ci-dessous

Lsions microscopiques : Des chantillons de tissu branchial, cardiaque, rnal et de rate sont prlevs pour une observation au microscope optique. Cette observation histologique rvle souvent une ncrose avance du tissu branchial, mais les perturbations pathologiques peuvent aussi tre prsentes dans d’autres organes. Les cellules pithliales infectes sont souvent trouves dans les branchies : on observe des cellules des taille augmente et contenant des noyaux largis avec une chromatine marginalise. Il est possible d’identifier des inclusions nuclaires discrtes avec un microscope immersion. Les inclusions virales peuvent tre vues en utilisant un microscope lectronique.

Traitement

Il n’y a pas de traitement spcifique pour cette maladie, mais l’amlioration de la qualit de l’eau et l’utilisation d’antibiotiques pour prvenir les risques d’infections secondaires peut aider certains poissons survivre.

Prvention Il est recommand de se procurer des poissons (ko et autres cyprinids) chez un commerant srieux. Si l’infection est dclare en un lieu, il faut liminer tous les poissons et dsinfecter l’quipement ainsi que tout le matriel avant de rintroduire de nouveaux poissons.

Diagnostic

Il se fait essentiellement par observation des lsions. Les informations scientifiques propos de cette infection sont limites et les tests de diagnostique de laboratoire sont encore en dveloppement.


Autres infections virales

D’autres virus ont t isols sur des poissons d’ornement. Pour qu’un virus soit considr comme l’agent causal d’une maladie, une preuve scientifique exprimentale est requise afin d’tablir une diagnostic tiologique. Ces conditions sont connues comme constituant le postulat des Rivers. Pour respecter parfaitement ce postulat, le virus doit tre trouv dans tous les cas de la maladie en question. De plus, il doit tre isol, se multiplier et se cultiver dans un autre systme comme un tissus cellulaire. La troisime condition est que lorsqu’on infecte exprimentalement un animal avec ce virus, on doit pouvoir reproduire la mme maladie et aprs cela, on doit pouvoir isoler et identifier le virus dans les mmes conditions qu’au dbut de l’exprimentation. Il n’y a pas toujours de preuves videntes de l’implication du virus isol dans la maladie observe.

C’est le cas :

• Des Iridovirus isols de poissons rouges, guppys et poissons chirurgiens, crent des distensions abdominales et une exophtalmie.

• Les virus de la maladie du ramirezi qui peut causer jusqu’ 80% de mortalit chez certaines espces de cichlids sud-amricaines. Le virus a t trouv dans des lsions, mais il n’a pas encore t isol. • Des Birnavirus ont t isols sur des poissons zbrs.

• Le virus de la ncrose virale des rythrocytes a t dcrit chez de nombreuses espces marines.

• Un Coronavirus a t rcemment isol au Japon partir de carpes ko et est l’origine de fortes mortalits.

• Un Rovirus a t isol d’un poisson ange marin crant un syndrome d’rosion de la tte et de la ligne latrale. Occasionnellement, des virus ont t dcrits comme tant la cause de certains tumeurs chez des poissons comme des papillomes pidermiques. Pour conclure, il est invitable que l’exploitation de nouvelles espces de poissons en aquaculture va rvler de nouvelles maladies virales. Les vtrinaires devraient avoir conscience que les maladies qui touchent les poissons d’aquarium sont trs proches de celles qui touchent les poissons destins la consommation humaine.



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Publi par Nicolas le 11/9/2007. 35911 lectures.