L'aquariophilie pour des aquariums modernes

Les killies, tour d'horizon de la famille des cyprinodontidés ovipares

Les killies, tour d'horizon de la famille des cyprinodontidés ovipares

Petit article de présentation de la famille des Cyprinodontidés ovipares, plus connus sous le nom de "

killies

".



Introduction


Les killies appartiennent à la famille des cyprinodontidés ovipares qui regroupe plus de 8OO espèces. Ils font partie des poissons d’aquarium d’eau douce les plus colorés et n’ont rien à envier aux magnifiques couleurs de leurs congénères d’eau salée rencontrées dans nos aquariums. Le mot killie vient du vieil hollandais « kil » qui signifie « petit ruisseau », ce qui donne une idée du biotope dans lequel on va pouvoir trouver ces poissons. On trouve en effet ces poissons sur tous les continents (excepté l’Antarctique et l’Australie) essentiellement dans la zone intertropicale dans des biotopes assez variés mais le plus souvent dans des  marigots ou des ruisseaux à courant lent, dans des eaux dont les caractères physico-chimiques sont assez variés : cela va de l’eau très douce à l’eau saumâtre voire l’eau de mer pour les Aphianus par exemple. Ces milieux de vie sont très souvent remaniés (par exemple par les éléphants en Afrique), ce qui explique l’énorme diversité de population et d’espèces au sein de ce genre : deux marigots éloignés de quelques mètres n’abritent pas forcément les mêmes espèces ni même les mêmes populations de killies.

Quelques photos de killies pour ceux qui doutent de la beauté de ces poissons:

Chromaphyosemion bivittatum Funge : (killie)

killie Chromaphyosemion bivittatum

Chromaphyosemion bitaeniatum Bidou ABC 01 05/35:


 

Fundulopanchax gardneri 'Nsukka':

killie Fundulopanchax gardneri


Chromaphyosemion bitaeniatum Agda Oere "forêt sacrée":


killie  Chromaphyosemion bitaeniatum



systématique/nomenclature :


Nous l’avons dit, il y a une énorme diversité d’espèces, de population et de souches au sein de la famille des killies. Au sein d’une même espèce, on trouve des sous-espèces, et des populations. Par exemple, dans l’espèce Fundulopanchax gardneri gardneri, on peut trouver la population Nsukka, ou Baïssa, ou encore Lafia, ces populations correspondant à des lieux de pêche différents et se différenciant par des patrons de colorations différents chez les males. De cette systématique extrêmement complexe, découle une nomenclature complexe : on trouve souvent des noms barbares tels que Aphyosemion calliurum HAH 98 "Kumba" ou encore Aphyosemion loennbergi "Makondo" CCP 82/7, ou encore Chromaphyosemion bivittatum Funge C91. Cette nomenclature très compliquée est néanmoins très pratique pour connaître l’origine du poisson. Les lettres représentent le plus souvent les initiales des personnes qui ont ramené la souche après une expédition killiphile ou alors le pays d’origine, les chiffres l’année de collecte ou le numéro du point de pêche. Le mot à consonance assez « locale » se rapporte au village auprès duquel le poisson a été collecté.

Les anglo-saxons, plus modernes, utilisent les points de coordonnées GPS du lieu de pêche.

Pour résumer : un Aphyosemion loennbergi "Makondo" CCP 82/7 signifie que cet Aphyosemion loennbergi a été péché près du village "Makondo", a été prélevé lors de l’expédition CCP (Cameroon, Daniel Poliak & Maurice Chauche) en 1982 au point de collecte numéro 7. Une vraie volonté de traçabilité.

La conséquence pratique de cette nomenclature est que les populations de killies doivent absolument être reproduites entre elles pour ne pas perdre les souches et diffusées sous leur nomenclature complète. De même, il n’est pas honteux d’avoir de killies sans population, mais il ne faut pas chercher à leur attribuer telle ou telle population en leur trouvant une vague ressemblance avec une photo trouvée en farfouillant sur le net !!!

On trouve parfois de beaux killies en animalerie, mais il faut se méfier, en particulier quand on voit un bac de vente qui présente plusieurs espèces mélangées du même genre, par exemple plusieurs Aphyosemion. Ainsi, il m’est arrivé de trouver dans un bac de vente des A. gardneri et australe mélangés. Or, s’il est possible de différencier les mâles, il est quasiment impossible de différencier les femelles !

Lorsque l’on est en possession d’une belle souche d’origine commerciale que l’on veut diffuser, il est possible de lui attribuer la nomenclature suivante :

Les  noms de genre et d’espèces sont suivis des lettres CI et de l’année d’achat, C étant pour commercial et I pour import. Par exemple, des Aphyosemion gardneri achetés en 2005 en animalerie doivent être diffusés sous l’appellation Aphyosemion gardneri CI 05.

 

Voici en image les différences inter-populations que l’on peut trouver (exemples de Fundulopanchax nigerianus) :

Fundulopanchax nigerianus Jos Plateau:

Fundulopanchax nigerianus Innidere:


 

Fundulopanchax nigerianus Misage:


 


(les photos ont été prises au congrès KCF 2006).


Elevage :


En règle générale, ils s’élèvent dans de petits bacs d’une contenance comprise entre 10 et 30 litres (jusqu’à une centaine de litres pour certaines grosses espèces). On les élève le plus souvent dans des bacs monospéciques, mais on peut créer des bacs plurispécifiques en évitant absolument de mélanger des espèces qui peuvent s’hybrider. La façon la plus simple de faire est de mélanger des genres qui sont sympatriques dans le milieu naturel, par exemple, on peut mélanger des Aphyosemion, des Chromaphyosemion et des Epiplatys dans un bac d’assez grande contenance. Dans ce cas, si on veut les diffuser, il faudra attendre que les alevins soient assez grands pour pouvoir les différencier.

Concernant l’agencement du bac, celui-ci est souvent très simple : le fond est facultatif, même si plus esthétique, l’éclairage aussi mais il faudra en prévoir un si vous souhaitez mettre des plantes.

Les killies étant dans leur majorité des poissons timides, il faudra mieux prévoir un sol sombre, qui fera ressortir les couleurs des poissons et les rassurera. On peut utiliser des feuilles des chêne trouvées dans la nature en automne en les faisant bouillir avant : ce sol a l’avantage de sécuriser les poissons en leur procurant des cachettes, d’acidifier un peu l’eau et de donner un coté naturel au bac. En revanche, il colore l’eau du bac, ce qui peut être gênant pour certaines personnes.

Les killies n’aiment pas trop la lumière, il faut prévoir des plantes flottantes si l’éclairage est puissant. La plante la plus adaptée est à mon sens la mousse de Java que les poissons adorent pour se cacher ou pour pondre, et qui ne nécessite pas beaucoup de lumière pour son bon développement.

La filtration est facultative, la plupart des killiphiles ne l’utilisent pas, personnellement je filtre mes bacs pour réduire les changements d’eau (les killies aiment l’eau vieillie) et pour créer un courant en surface qui facilite le nourrissage à l’inerte. Pour la nourriture, le mieux comme partout est le vivant, ce sera avec ça que les poissons pondront le mieux, mais le congelé ou les paillettes sont acceptés aussi, à condition que les killies aient été habitués à cette nourriture (le courant d’eau créé par le filtre aide énormément à la prise des paillettes qui présentent l’avantage d’être équilibrées sur le plan nutritionnel).


Un exemple de bacs à killies:


killie







Concernant la reproduction on peut grosso modo considérer qu’il existe 2 catégories : les annuels et les non annuels.

Les annuels vivent naturellement dans de petites mares qui s’assèchent durant une période de l’année : les adultes meurent et la forme de survie est les œufs qui subissent une pause dans le développement embryonnaire appelée diapause et qui résistent au dessèchement. C’est le cas par exemple du genre africain Nothobranchius que l’on fait pondre en aquarium dans de la tourbe , tourbe que l’on assèche après durant une période dépendant des espèces mais qui va d’un mois à 8 mois. Lorsque l’on rajoute de l’eau sur les œufs et qu’ils sont prêts, comme par miracle, les alevins pointent le bout de leur nez !


Nothobranchius rachovii:




Les non annuels ne nécessitent pas de période d’assèchement pour que leurs œufs éclosent. On peut les faire reproduire selon deux méthodes :

La méthode naturelle consiste, comme son nom l’indique à laisser faire la nature : on laisse les poissons pondrent dans leur bac en leur laissant un support de ponte adaptée tel que de la mousse de Java et seuls les alevins les plus résistants s’en sortiront : c’est la méthode que j’applique le plus souvent : je n’ai pas une production industrielle mais c’est suffisant. C'est la méthode la plus adaptée pour des espèces dont les alevins sont tellement petits que l’on n’arrive pas à les nourrir tels que les Epiplays annulatus.

La méthode artificielle consiste à fournir aux poissons un support artificiel de ponte constitué de laine 100% synthétique (on appelle cela un mop). Celui-ci est plongeant ou flottant suivant l’espèce de poisson (pour le faire flottant, on y ajoute un bouchon en liège, on les laisse tel quel si on le veut plongeant). On explore ces mop à une fréquence que chacun se fixe afin de prélever les œufs qui sont petites billes transparentes : les œufs sont extrêmement résistants et ne souffrent pas de cette manœuvre si on n’est pas trop brutal. On les place dans un récipient contenant un peu d’eau du bac et on les laisse à l’obscurité pour limiter le développement des moisissures et à une vingtaine de degrés. Lorsque les œufs éclosent, on place les alevins dans des petits bacs et on leur donne des nauplies à manger. Au fur et à mesure de leur développement, on les place dans des bacs de plus en plus grands (on les place dans des petits au début afin qu’ils trouvent plus facilement les nauplies). Il est judicieux d’ajouter à ces récipients un ou deux escargots style planorbe qui vont consommer l’excès de nourriture.


Il existe aussi des poissons dits « semi annuels » dont les œufs peuvent se développer entièrement dans l’eau ou alors subir une période d’assèchement.


Comment se procurer des killies ?


C’est là que le bat blesse, ce n’est pas très facile si on se limite aux traditionnelles animaleries : celles–ci n’en ont souvent pas, ou alors sans origine et de pas très bonne qualité. Le mieux est de se rapprocher du killi Club de France (KCF) qui possède des sections régionales un peu partout. Les adhérents sont passionnés, sympa et malgré leur grande expérience, ne prennent pas de haut le petit nouveau qui débute, sont pleins de bons conseils et prêts à donner ou céder pour un somme modeste un premier couple d’une espèce facile avec les conseils personnalisés. C’est vraiment la solution que je recommande pour avoir de beaux killies peu chers et les bons conseils qui vont avec. Si vous voulez aller plus loin dans le killie, vous pouvez adhérer au KCF, et vous recevrez des revues parlant de ces poissons, la liste des membres, et il ne faut pas le nier, ce sera plus facile pour vous de vous procurer les poissons.

Enfin, poissons et œufs peuvent s’envoyer par la poste dans un conditionnement adapté, cela se fait très bien lorsque le climat le permet, c'est-à-dire quand il ne fait ni trop chaud ni trop froid.

 




Publié par Nicolas le 26/2/2007. 58333 lectures.