L'aquariophilie pour des aquariums modernes

Généralités sur les vers (dans les aquariums)

Généralités sur les vers (dans les aquariums) Les vers, une horreur pour certains, une bénédiction pour d’autres. En fait, il y en a partout, à tous les stades de la vie et sur tout le globe. Ils se sont même exportés sur d’autres planètes lorsque David Lynch les a voulu géants dans « Dune » tandis que George LUCAs veut les faire ‘digérateurs’ pendant 1000 ans dans « Le retour du Jedi » alors que les lombrics grossissaient terriblement en raison de radiations atomiques dans « Godzilla ». Le cinéma fantastique s’est emparé des vers car ils grouillent sous la terre, ils s’enfouissent dans le sable ou la vase... Ils parasitent les oursins, crabes, poissons, ils investissent les mammifères... dont nos intestins. Sans les vers, comment irions-nous à la pêche ?

Il existe, bien sûr, de nombreuses variétés de vers puisque, juste pour les vers segmentés, on compte plus de 15000 espèces ou encore 80 000 Némathelminthes et il est probable qu’il en existe 10 fois plus... Il est à noter que ces groupes faunistiques n’ont jamais fait l’objet de recherches poussées. Toutefois, selon leur structure et leur biologie, les vers ont été classés en divers embranchements :
Les 3 premiers embranchements sont régulièrement observés au cours des plongées sous-marines et la suite n’intéressera que ces derniers : Plathelminthes, Echiuridés et Annélides. Il faut considérer les Annélides comme très importants dans l’échelle de l’évolution car ils ont été les premiers animaux à disposer d’un organe autorisant l’excrétion de résidus azotés (en comparaison, c’est le rôle de nos reins).

1- Les Plathelminthes

Les Plathelminthes sont surtout connus avec la classe des Turbellariés et l’ordre des Polycladidés. Les turbellariés représentent une classe très primitive au sein de l’embranchement des plathelminthes, également appelés « vers plats », souvent identifiés sous leur surnom de « planaire ». Leur morphologie est des plus simples : un feuillet dermique parcouru de fibre-musculaire.html" class=mot>fibres musculaires et contenant divers organes de structure primitive. Toutefois, d’un point de vue évolutif, les Plathelminthes ont apporté des innovations importantes : apparition de tissus musculaires évolués et début de céphalisation (regroupement du système nerveux, des ocelles -yeux primitifs- et des chémorécepteurs). La face inférieure est ciliée, rendant les vers capables de se déplacer grâce aux mouvements tourbillonnaires dont ces cils sont animés. Une couche de mucus participe également aux déplacements, mais surtout à la défense envers des prédateurs. En effet, cette substance semble avoir un goût manifestement désagréable. Ceci vient du fait, qu’à l’instar des nudibranches, les vers ingèrent des cnidocystes issus de cnidaires et les réutilisent pour leur propre défense.

Bien qu’hermaphrodites, les Plathelminthes s’accouplent, permettant aux animaux l’échange de gamètes et donc une évolution. Cet accouplement, suite à une fécondation interne, donne naissance à une larve planctonique (nommée ‘protrochula' ) qui évolue vers un mode de vie benthique pour achever son développement au stade de ver plat adulte. Outre l’accouplement, ces vers sont susceptibles de se multiplier par scissiparité. C’est généralement une agression extérieure qui produit ce phénomène. En effet, il ne résulte pas d’un acte spontané. Ainsi, lors de l’attaque d’un prédateur et sous réserve de conditions favorables, chaque fragment d’un ver autorise la régénération d’un nouvel exemplaire complet.

Dans les récifs coralliens, ces animaux ne se rencontrent pas trop souvent mais se repèrent facilement chez certaines espèces en raison de coloris éclatants et somptueux ! En revanche, on sous-estime probablement le nombre de sujets dont le mode de vie est furtif, soit parce qu’ils sont peu colorés ou encore de dimensions modestes ou enfin parce qu'ils vivent dissimulés ou ne se déplacent que la nuit. Il ne serait pas étonnant que certaines espèces soient encore à découvrir en regroupant les trois dernières qualités.

planaire Convolutriloba retrogemma
Les plus connus des Plathelminthes dans nos bacs marins sont certainement les planaires rouges ou encore les Convolutriloba retrogemma. Ces planaires (ver carré plan ou plat), dont la taille n’excède pas 3 mm, sont difficiles à repérer. Leur couleur va du rouge foncé au brun. Ils se rencontrent principalement dans les parties mortes des récifs, régulièrement là où les spongiaires sont nombreux. L’espèce se trouve dans tout l’Indo-Pacifique. On les appelle parfois la « peste rouge » en aquarium marin tant il est difficile de s’en débarrasser. Manifestement, ils jouissent d’une autarcie trophique totale en consommant les produits du métabolisme des algues symbiotiques qu’ils hébergent dans leurs tissus, facilitant une prolifération exponentielle lorsqu’ils sont placés sous un certain éclairage (intense, ou avec un mauvais spectre). D’ailleurs, en milieu naturel, on ne les trouve que sur des sites abrités des rayons solaires et situés à faible profondeur.

Il se rencontre parfois d’autres Plathelminthes : l’ordre des Polycladidés avec des planaires comme les Pseudoceros ou les Callioplana. Ces planaires arborent généralement des coloris caractéristiques qui les rendent très visibles. Les motifs des dessins et les couleurs présentent une certaine variabilité, et certains existent avec des variantes chromatiques sur le même motif. Pour les différencier facilement des nudibranches avec lesquels ils pourraient être confondus, il faut noter que ces vers plats ne sont pas pourvus d’un panache branchial, ni de tentacules céphaliques (à ne pas confondre avec une invagination qui peut faire croire à 2 excroissances). En outre, ils ont un corps franchement aplani. Les Polycladidés se rencontrent sur des coraux mous tels les Sarcophytons ou les Sinularias. On suppose qu’ils se nourrissent à leurs dépens. D’autres se nourriraient essentiellement de spongiaires. Ils mènent un mode de vie caché, sur des sites non exposés au rayonnement solaire direct, mais dans toutes les zones du récif, sans restriction de profondeur. Quelques espèces ont la capacité de nager, grâce à des mouvements ondulants de tout le corps. La nage libre n’est pratiquée qu’en cas de danger, lorsque l’animal est effrayé. En raison de leur spécialisation alimentaire, les Polycladidés périssent rapidement d’inanition ou s’attaquent aux invertébrés sessiles dans un aquarium.

2- Les Echiuridés

Ces vers demeurent la plupart du temps dissimulés dans des anfractuosités ou enfouis dans le sol. Le corps se prolonge par une longue trompe non rétractile, c'est-à-dire qu’elle ne peut être ni allongée, ni raccourcie ! Elle a pour fonction la récupération de fines particules organiques qui seront ensuite acheminées vers l’orifice buccal.

Chez de nombreuses espèces, le mâle est de taille minuscule, nain, et celui-ci vit directement à l’intérieur de l’utérus ou de l’½sophage de la femelle dès qu’il en a trouvée une !!!… Ce parasitisme sur et aux dépens de la femelle assure la fécondation qui donne naissance à une larve planctonique ciliée (nommée ‘thlassema' qui va ensuite se fixer sur un site favorable pour son développement et son évolution en individu adulte.

Les échiuriens sont souvent connus grâce à des variétés de ‘Bonellie’, dont l’une se rencontre fréquemment en Méditerranée : Bonellia viridis. Les bonellies se distinguent par une excroissance céphalique (la trompe) de couleur verdâtre et capable de mesurer jusqu’à 1,5 m de longueur ! Celle-ci peut ainsi explorer le milieu environnant loin de la cavité où est logé le corps du ver. Celui-ci mesure une dizaine de cm, en forme de concombre. Le corps est généralement totalement enfoui, ancré dans la roche du récif, mais il arrive de rencontrer des sujets logés sous de grosses pierres. Comme beaucoup de vers, les échiuriens n’apprécient guère une luminosité trop intense et vivent le plus souvent sur des sites ombrés, à quelques mètres de profondeur.

Par rapport à nos aquariums, des exemplaires peuvent parfois être introduits par le biais de pierres vivantes, mais seules les femelles pourraient être aperçues (les males étant trop petits). Leur survie est quasiment impossible.

3- Les Annélides

Vers de feu
Les annélides tiennent leur nom de leur morphologie : un corps avec des segments présentant l’aspect d’anneaux (les métamères) porteurs de panaches de soies en faisceaux et des parapodes. Pour la plupart, ils possèdent le don d’autotomie, c’est à dire qu’ils peuvent régénérer une partie de leur corps perdu par morsure ou par défense.

Ce sont des animaux assez développés, ils disposent d’une tête composée de plusieurs anneaux modifiés qui peut porter divers organes spécialisés (antennes, yeux, palpes, mâchoires) et qui contient des organes sensoriels et un cerveau simple. Une bouche (au niveau du deuxième segment) qui peut avoir l’aspect d’une mâchoire puissante ou d’une trompe, amène les aliments dans un tube digestif complet. Leur musculature assez développée permet contraction et étirement et un ensemble d’organes disposés sur les autres segments autorisent la propulsion, la respiration, l’excrétion et d’autres encore portent des organes tactiles et photosensibles.

Les annélides sont regroupés en 3 sous-classes selon le nombre de soies qu’ils portent :
  • les achètes (sans soie) - ex : Sangsue
  • les Oligochètes (peu de soies)
  • les polychètes (beaucoup de soies) - ex : Spirographe, vers de feu
Les polychètes, qui nous intéresse, peuvent être soit errants (néréis, vers de feu), soit sédentaires. Dans ce dernier cas, on distingue encore : La présence ou non de ce tube ainsi que son aspect sont des critères d’identification des annélides.

La reproduction des annélides peut être sexuée, asexuée ou combinée (intervention des deux types de reproduction). La reproduction sexuée nécessite l’émission, par les annélides de sexe correspondant, de gamètes mâles (spermatozoïdes) et femelles (ovules). L’oeuf résultant de la fécondation donne naissance à une larve arrondie appelée larve trochophore. A noter que chez certaines espèces le stade adulte normal est différent du stade adulte reproducteur et que des changements de température peuvent intervenir dans cette transformation. On parle alors d’épitoquie. Ce phénomène s’accompagne souvent de la mort de l’adulte lors de la naissance de la descendance (consommation des tissus de l’adulte par les larves). La reproduction asexuée se fait par bourgeonnement multiple ou par segmentation simple. Dans certaines conditions de température, des vers peuvent s’allonger et bourgeonner pour donner naissance à plusieurs petits vers dont certains, mâles ou femelles, vont produire des gamètes.

A l’aide de leurs appendices adaptés et par les mouvements du corps, les polychètes errants sont capables de ramper ou de nager. Ce sont des prédateurs actifs, mesurant jusqu’à une trentaine de cm. Ils possèdent généralement de nombreux yeux, une mâchoire robuste ou une trompe et de nombreux organes tactiles (antennes, groupe de soies). Ils se nourrissent de proies proportionnelles à leur taille ou sont nécrophages. Les vers de feu couramment installés dans nos bacs sont le plus souvent nécrophages.

spirographe
Les polychètes sédentaires tubicoles sont tout aussi adaptés à leur mode de vie. Leurs organes sensoriels sont rudimentaires mais leurs branchies sont hypertrophiées et s’ouvrent en panache à l’extrémité de leur tube. Ils servent à filtrer l’oxygène de l’eau mais aussi souvent à filtrer la nourriture. Les vers tubicoles sont des organismes prédateurs : ils créent un courant tourbillonnaire à l’aide de leurs panaches de tentacules qui fixent les fines particules organiques en suspension dans l’eau dont ils se nourrissent, les acheminant vers un sillon en « V » à peine visible à la surface des tentacules, puis vers l’orifice buccal grâce au battement de cils vibratiles. La fraction comestible est ingérée par l’animal. L’autre fraction, en fonction des besoins, étant enrobée de mucus et intégrée à l’habitat cylindrique. Tous les vers tubicoles ont la faculté de percevoir les variations des ondes de pression sous l’eau, si ténues soient-elles. Ils se rétractent alors dans le tube en une fraction de seconde. Les variations de luminosité (passage de l’ombre d’un plongeur par exemple) sont également perçues.

Certains polychètes tubicoles édifient un tube souple à base de « salive » caoutchouteuse et de particules de vase (spirographe) tandis que d’autres constituent un tube rigide, calcaire et se fixent sur les rochers, les algues ou à la surface des carapaces de crustacés (les serpulidés). Les derniers fabriquent un tube souple et fragile à partir de grains de sable (les hermellidés, les térébellidés).

Les polychètes limicoles sont des vers fouisseurs. Ils disposent de tentacules pour rechercher la nourriture, d’une trompe pour broyer les proies et creuser leur terrier et de filaments plumeux le long du corps qui captent l’oxygène. Ils se nourrissent en filtrant le sable pour en extraire la matière organique. Le sable « propre » est ensuite excrété et forme ces petits tourbillons que nous avons tous pu observer sur les plages.

Pour plus de renseignements sur les annélides : Bio-collections - worms - annelid.

crédits photos: rems, anemone-clown, zeusfaber.



Publié par anemone-clown le 16/3/2007. 34361 lectures.