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Nannostomus beckfordi, reproduction sur son lieu d'habitat naturel

Nannostomus beckfordi, reproduction sur son lieu d'habitat naturel Les Nannostomus beckfordi, en ayant passé quelques années en Guyane française, l'auteur a pu observer de nombreuses espèces dans leur milieu naturel et essayer de les acclimater. Les Nannostomus sont les hôtes de marais très peu profonds (de l'ordre de 50 cm). L'eau est limpide, légèrement ambrée, le courant pratiquement nul.

Les caractéristiques de l'eau étaient de 24 à 28 °C; TH 0 à 2 °français (0 à 1 °GH); pH 5,8 à 6,2.

Voir aussi les fiches de Nannostomus marginatus et Nannostomus mortenthaleri en complément de celle sur beckfordi.

Préambule : Il faut remettre cet article dans son contexte de l'époque (1975).

Les Nannostomus se déplacent en bancs de plusieurs dizaines, voire quel­ques centaines d'individus. Aux heures les plus chaudes, ils restent cachés dans les Cabombas, à l'abri du grand soleil.

Plusieurs espèces de Nannostomus sont présentes en Guyane. Au vu du livre d'Axelrod, celui dont je parle ici est très probablement Nannostomus beck­fordi. Il présente des bandes longitudinales, brun clair le long de la dor­sale, brun foncé sur les flancs. Les nageoires sont rouge sombre bordées d'un liseré bleu clair très intense. adulte, ce joli poisson mesure 35 mm. Présentons un groupe de Nannostomus beckfordi qui est un départ à la reproduction :

Nannostomus beckfordi en groupe de reproduction

Nannostomus beckfordi fit longtemps partie de mon aquarium "d'ensemble" qui, bien naturellement, représentait un biotope régional. A force de l'obser­ver, de l'admirer, de voir des couples se former et frayer, je fus tenté d'essayer une reproduction.

J'aménageai donc un bac en verre collé de 80 x 35 x 35 cm, de la façon suivante: sur une partie du fond, un filtre plaque fût recouvert d'un cen­timètre de petit gravier puis d'une couche de 5 cm de feuilles mortes, pri­ses au fond d'un marais. Le reste du fond fût garni de 6 cm de "terre noi­re" également prélevée dans les marais. Le tout fût recouvert de 2 à 3 cm de sable de rivière assez foncé.

Le décor était constitué par de grosses racines d'arbres (palétuvier, Fro­mager) qui avaient été soigneusement bouillies. L'aquarium était planté de nombreuses touffes de Cabomba de quelques plantes à bulbe possé­dant une dizaine de feuilles rondes, très minces, vert clair, rappelant celles des nénuphars, mais restant immergées, de quelques plantes de la famille des Cryptocorynes. Je semai quelques poignées de riz paddy qui en 3 semaines formèrent de belles touffes d'herbe immergées. En surface, je plaçais des Salvinia natans.

Pas de chauffage, bien entendu, la température ambiante étant celle du milieu naturel. Sans recevoir les rayons du soleil, la pièce était très lumineuse. A cette lumière naturelle s'ajoutait un éclairage artificiel assez puissant : 3 tubes de 60 cm (2 Grolux, 1 Lumière du Jour).

Après 3 semaines, l'eau de pluie dont avait été rempli le bac était limpi­de, couleur de thé léger. La température variait de 28 °C le jour à 26 ° la nuit, Le TH (ou GH) était de 2° environ, le pH de 6, 4.

J'introduisis dans le bac 5 couples, repérés dans le bac d'ensemble comme les plus vifs et se recherchant souvent. Ils furent nourris : d'Artemia salina ; de crustacés et mollusques finement hachés ; de petits morceaux de boeuf cru ; de feuilles d'épinards et de liseron d'eau pochées.

Avec ce régime et dans ce bac bien planté et spécialement préparé, les poissons se portaient bien. Les poursuites étaient vives, nombreuses et avaient lieu tout au long de la journée. Pour frayer, les couples choisissaient des coins très touffus, assez près du sol. Là, légèrement inclinés, la tête vers le bas, ils vibraient sur place en se tapotant les flancs. Les lieux choisis pour la ponte étant sombres, les oeufs, très petits, n'étaient pas visibles. Je n'ai pû apercevoir que quelques oeufs blanchâtres (sans doute non fécondés et moisis) sur les feuilles de Cabomba.

A l'éclosion, les alevins sont extrêmement petits. Leur alimentation est difficile ; en milieu dont le coté acide est capital, les Salvinia natans développent peu d'infusoires, il faut en ajouter, ce que je faisais plusieurs fois par jour.

Au bout d'une semaine de nage libre, les alevins "suçaient" avec avidité les racines de Salvinia, les folioles de Cabomba et les tiges de riz. Je distribuais de la nourriture sèche finement pulvérisée car la bouche des Nannostomus, même adultes, est très petite. Ce n'est qu'au bout de 5 semaines que j'ai pû leur donner des artémias.

Les alevins de Nannostomus beckfordi ont un instinct très grégaire ; ils évoluent en formation serrée. Le petit groupe de poissons commença vite à faire jouer ses couleurs en passant des zones sombres aux zones bien éclairées, ce qui fait ressortir d'un éclat très vif le liseré bleu des nageoires. Au bout de quatre mois, je possédais une vingtaine de petits poissons mesurant 15 à 20 mm.

Lorsqu'une reproduction n'est pas renouvelée, on ne peut en tirer des cer­titudes. Je ne peux donc dire si les caractéristiques de l'eau étaient im­pératives ou s'il est possible d'obtenir le même succès avec une eau moins acide.

De retour en métropole, je cherche à me procurer quelques exemplaires de Nannostomus beckfordi pour en tenter, à nouveau, la reproduction.

Article rédigé par P. BLANCHER - AFA Juin 1975


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Publié par anemone-clown le 25/7/2007. 9007 lectures.