L'aquariophilie pour des aquariums modernes

In memoriam : Robert POIS, aquariophile et killiphile, un amateur éclairé

In memoriam : Robert POIS, aquariophile et killiphile, un amateur éclairé

Robert POIS (St Benoît, Poitiers - France), aquariophile et Killiphile.
Un amateur éclairé, au sens le plus noble du terme.


C'est pour rendre hommage à Robert POIS, décédé le 01 juin 2009, que je me permets, en mon nom, celui du Muséum-Aquarium de Nancy (MAN), du Cercle Aquariophile de Nancy (CAN), mais aussi du killi-Club de France (KCF), de consacrer ces quelques lignes à sa mémoire.

Avant de se "lancer" dans les Aphyosemion, en 1957, Robert POIS a le bon réflexe; il s'informe beaucoup et se rapproche de professionnels (Mr Schmitt du Tropicarium de Francfort, Mr Strohl, éleveur grossiste en Alsace à Bischheim... entre autres).
Robert Pois
Esprit curieux, perfectionniste dans l'âme, sans arrêt en quête de connaissances, la biologie, la zoologie et, bien sûr, l'ichtyologie feront partie intégrante, en plus de son métier de Responsable d'un Service Technique, des préoccupations quotidiennes de ce "naturaliste amateur passionné".

Dès qu'une manifestation, un congrès, un colloque, un voyage d'étude, étaient organisés à Nancy, Robert était présent et ... partant : Stuttgart, Düsseldorf, Francfort, Bâle, liège, Anvers, Berlin, sans compter bon nombre de grands Aquariums publics de France.

Evidemment présent à la naissance, le 19 juin 1971, à Strasbourg et le lendemain 20 à Nancy, de la Fédération Française des Associations d'aquariophilie et de terrariophilie : La FFAAT.

L'année suivante, il répond aussi présent à l'appel de Jean HUBER pour la création d'une Association "killiphile" qui deviendra, le 9 décembre 1973, à Orléans, sous la houlette de Jean HUBER, toujours en présence de Robert POIS et aux côtés de Paul GERMIER, Régis POIRRIER et d'André LAMBERT, le KCF dont, bien sûr, il ne manquera aucun Congrès.

A la question : que veut dire le mot "Killi", il répondait de façon immuable et avec malice : "Petit poisson vivant dans un petit cours d'eau".

En effet, dans la nature, les Killies vivent dans de petits cours d'eau peu profonds, fossés, mares y compris temporaires. Les eaux sont le plus souvent stagnantes mais "sans matières organiques en décomposition" aimait-il préciser ! Généralement très vivement colorés (surtout les mâles), mais de petite taille (quelques cm), leur durée de vie n'excède que rarement les 3 années! Moins d'un an même pour les espèces dites "annuelles" et qui vivent, tout à fait normalement, dans les mares temporaires des pays tropicaux, y effectuant leur cycle vital en 9 ou 10 mois !

A y regarder de plus près, Robert POIS était, semble-t-il, prédisposé pour s'occuper de ces poissons "de la taille d'un timbre poste" de la famille des Cyprinodontidés.

Le principe de base de l'élevage des Killies, dont les espèces sont très nombreuses et très souvent génétiquement proches, mais qui ne se croisent pas dans la nature, c'est de respecter scrupuleusement les lieux d'origine de la souche et d'éviter absolument le mélange des espèces et des populations (celles-ci désignées, justement, par leur lieu d'origine). Ils s'élèvent et se reproduisent dans de petits aquariums d'une dizaine de litres, à force de patience, de passion et de rigueur, qualités dont était abondamment pourvu Robert POIS.

Il convenait donc de jongler avec espèces et populations des genres Aphanius, Aplocheilichthys, Aphiosemion, Epiplatys, Notobranchius, Rivulus, Cynolebias, Cyprinodon, Fundulus... et j'en passe, de bien étiqueter les bacs contenant les reproducteurs, puis les récipients contenant les oeufs, sans jamais rien mélanger et surtout pas les alevins d'espèces voisines, tout en favorisant au maximum les échanges génétiques au sein des populations captives avec d'autres killiphiles de part le monde (expédition par la poste d'oeufs qui peuvent poursuivre leur développement même à sec). Et là, Robert POIS était "dans son élément" et sa serre, enterrée dans son jardin, comptera jusqu'à 300 aquariums de toutes tailles.

Pétri de perfectionnisme et d'exigence à l'égard de lui même et des autres, tout en faisant preuve de beaucoup de gentillesse et de générosité, il avait le don de recréer, autour de ses poissons, un environnement et une attention propices à leur reproduction. Prodiguant les soins les plus attentifs à ses élevages, veillant à leur bien-être, tout en observant leur comportement, il obtenait des reproductions rares et n'hésitait pas à initier qui voulait s'intéresser à ces "drôles de petites bêtes".

Sa collection de "mop" (supports de ponte) était tout à fait impressionnante et on disait de lui, avec une pointe d'humour, qu'il était en mesure, si nécessaire, de contribuer, en tenant compte des populations, au "repeuplement de n'importe quel ruisseau ou mare d'Afrique" !

Une cinquantaine d'espèces ont ainsi été reproduites, souvent jusqu'à la 3e génération et jusqu'en 2002, année de graves soucis de santé. Il cumulait, à ce moment là, 24 bacs d'alevins de 24 espèces différentes et pas seulement des Killies. A contrecœur, mais contraint et forcé, il abandonne alors la poursuite de ses élevages.

Ne pouvant plus s'occuper de ses poissons, il met ses connaissances en général et de certaines espèces en particulier, à la disposition d'étudiants préparant leur mémoire de stage, voire leur Thèse de Doctorat.

Outre l'aquariophilie il avait pour autre hobby l'appareil photo (500 diapositives de poissons à son actif) et le caméscope (une soixantaine de vidéocassettes) avec, toujours, ce même désir de rendre service, de partager et de faire plaisir. Une émission de "30 millions d'amis" (devenue 60 millions...), en mai 1980, a même été consacrée à son installation.

Il va sans dire qu'il collectionnait livres et périodiques (et les abonnements qui vont avec), du premier au dernier numéro : Aquarama, La pisciculture Française, puis la Revue Française d'aquariologie, herpétologie (RFAH), Aquarium Magazine, Aqua-plaisir... Sans compter la mythique revue du Dr Géry "L'Aquarium et les Poissons" qu'il fallait aller chercher depuis Poitiers jusqu'à La Rochelle (en 1957) et sans oublier celle de l'AFA (Association Française des aquariophiles). Rappelons que cette Association parisienne a été le promoteur, avec l'Association strasbourgeoise "Les Amis de l'Aquarium 32" (référence à sa date de création, 1932 et la plus ancienne de France), du renouveau de l'aquariophilie dans notre pays.

Né en 1922, Robert POIS pouvait donc être considéré comme "Grand Témoin", mais aussi Acteur de l'évolution de l'aquariophilie d'après guerre (ses premiers bacs à "poissons rouges" remontent en fait à 1938) et servir d'exemple à suivre. N'hésitant pas à expérimenter de nouvelles techniques (il faisait déjà de l'eau de mer bien avant l'apparition du verre collé ), il était ouvert à toute discussion aquariophile, du moment qu'elle concernait les poissons et leur élevage en aquarium.

Il restera, j'en suis intimement persuadé, à jamais présent dans la mémoire de tous ceux qui l'ont connu et apprécié pour son empathie et sa disponibilité. Tous, nous renouvelons à sa famille et à ses proches, nos plus sincères condoléances.

In memoriam : Par Denis TERVER (Nancy le 17/02/2010)


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Publié par anemone-clown le 18/2/2010. 6869 lectures.