L'aquariophilie pour des aquariums modernes

L'aquarium de Berlin, centenaire grabataire?

L'aquarium de Berlin, centenaire grabataire?

En ce jour de semaine, me voilà parti pour satisfaire une curiosité vieille de 20 ans !

Mes premières lectures à propos de l'aquarium public de Berlin remonte à l'époque des premiers numéros d'Aquarium Magazine traitant de la méthode berlinoise comme méthode révolutionnaire de maintenance marine, et les pionniers allemands y étaient souvent cités.

C'est donc avec une certaine conviction du « tout arrive un jour ou l'autre » que je monte les dernières marches d'une bouche de métro, premier coup d'½il dans cette ville historique paralysée sous une pluie battante, et quelques éclairs qui tombent tout droit sur le parc boisé ou les derniers pandas n'ont pas encore vu tombé le mur.

Quelques rues plus loin, je découvre l'entrée du lieu de culte, assez discret en comparaison avec le reste du parc zoologique.





La mise en bouche est assurée par un bac cylindrique hébergeant des petites méduses, à la nage si gracieuse, mais déjà, je ressens une impression étrange...



L'intérieur de la bâtisse est ancien, le sol en pierre marbrée semble porter lourdement le poids des ans, et les millions de pas qui l'ont foulé.

Une obscurité entretenue ne fait qu'accentuer les rides du lieu.

L'aquarium de Berlin a presque cent ans, et a survécu tant bien que mal à deux guerres mondiales...

Je jette un ½il vers les premiers bacs qui me semblent bien vides...

En y regardant de plus près, il s'agit de petits bacs assez mignons hébergeant des coraux divers.



Un plus grand bac, qui me séduit d'emblée, présente quant à lui des coraux de taille respectable.

Une belle faille prolonge l'illusion de profondeur.



Petit coup d'½il vers le haut, le brassage semble assuré par des Turbelles, et tout le monde me regarde d'un air étrange, qu'est-ce qu'il a celui-là à photographier le haut du bac 



Les aquariums suivants ne font malheureusement qu'accentuer ma peur soudaine de retrouver la déception que j'avais pû ressentir en visitant les Sea Life :

Des bacs dont le décor n'est constitué que des roches inertes, peu éclairés, et habités par des poissons de taille imposante qui ne semblent pas du tout à l'aise.

Aïe aïe aïe, je commence à prendre le lieu en grippe...

Sur ma gauche, j'aperçois un panneau explicatif, enfin!

Mais ce n'est que le descriptif de la méthode de maintenance... berlinoise...!



Je continue ma ballade, et les deux bacs suivants modèrent un peu ma déception.

Deux jolis bacs à coraux, l'un essentiellement peuplés de coraux mous, l'autre de SPS (coraux à petits polypes), et de bien beaux poissons qui semblent eux tout à fait à l'aise.

Les coraux se portent bien, mais ce n'est pas la foule, surtout en ce qui concerne les coraux durs.





Je m'exthasie devant la taille d'un magnifique Synchiropus Splendidus, bien plus gros que tout ceux que j'ai vu jusque là.



Malheureusement, la suite de ma visite dans la section marine me fait rapidement désenchanter...

Des bacs encore une fois très peu éclairés abritent un couple de poissons clowns sans anémone ni décor.

A leur gauche, un couple d'hyppocampes restent figés, accrochés à quelques rares brins de caulerpe, et plus loin, c'est un immense bac stérile présentant des poissons de pleine eau qui finit d'achever mes doux espoirs de rencontrer un lieu magique.

Désormais, je ne remarque plus que ce qui fait défaut !

Les bacs ne sont agrémentés que de minuscules panneaux informatifs sur lesquels quelques aquarelles de poissons passent presque inaperçues.

Devant le bac à tortues trône un bassin où les enfants peuvent caresser... des poissons rouges...

Nous sommes quand même dans un lieu très fréquenté, à vocation éducative me semble-t-il, et dans lequel des centaines d'enfants déambulent chaque jour....

Il serait tellement logique de profiter de l'aubaine pour présenter de manière simple les coraux et le récif en général, et de sensibiliser le visiteur face à ce monde fragile et de plus en plus menacé d'extinction.

Mais non, place au sensationnel, le bac à requin...




Bon, c'est vrai qu'il a de la prestance, ce requin Mako, mais son passage devant la vitre frontale semble réglée comme une horloge et le rend presque irréel.

Seuls les requins pointes noires qui l'accompagnent rappelle par leurs subites accélérations que le tableau est bien vivant.

Je remarque quelques plateaux d'Acropora de bonne taille, couverts d'algues brunes, ce qui n'est pas une surprise vu le faible éclairage.

A gauche du même bac, dans un coin, il me semble apercevoir une petite colonie de Tubastrea... corail véritable, ou imitation siliconée ?

Je n'en sais plus rien...

Mais me voilà happé par la partie eau douce, qui me paraît étonnement colorée et vivante après ce que je viens de voir.

De beaux aquariums très plantés dans lesquels des scalaires, des discus, et d'autres poissons dont le nom m'échappe nagent en toute quiétude, aucunement perturbés par la foule de plus en plus dense.



Je commence à avoir du mal à cadrer les bacs sans que quelqu'un ne s'y place devant, ce qui n'arrange pas mes talents discutables de photographe animalier...



Le flot des visiteurs m'amène ensuite vers une grande salle pourvue de très beaux bacs d'eau douce, surmontés d'une jungle tropicale en pleine forme.



La partie mangrove est également assez séduisante, et me fait presque oublier mes premières impressions.

Malheureusement, je déchante vite en tombant nez à nez avec un tableau apocalyptique.



Je ne suis pas un spécialiste des anémones, je n'en ai jamais maintenues dans mon bac, mais ces Entacmea Quadricolor me paraissent en sale état...

Devant la vision cauchemardesque de ce bac, je préfère me dire qu'il doit s'agir d'un phénomène naturel, peut-être un moment de « faiblesse » de l'animal, comme peuvent l'avoir parfois certains coraux mous qui semblent se replier sur eux-mêmes pendant des heures, parfois des jours...

J'en doute...

Certains des bacs adjacents sont vides, un petit panneau indique qu'ils sont en réfection.

Je termine ma visite par une dernière surprise teintée d'amertume :

Deux bacs envahis d'algues filamenteuses, dans lesquels des squelettes de coraux durs n'ont même plus le loisir de rester blancs.



S'agit-il d'une « phase de démarrage » des bacs, ou d'un problème plus sérieux ?

Là non plus, aucune information pour le visiteur.

J'observe une famille devant un de ces bacs.

Remarquent-ils que quelque chose ne tourne pas rond ?

Je m'apprête à sortir, mais m'attarde un peu devant le petit magasin de souvenirs planté dans un coin, et qui vend des poissons en peluche, des T-shirts affublés d'un dauphin souriant, et des anémones en plastique.

Dans un coin, quelques livres sur les récifs prennet la poussière.

Ce n'est pas ce que je m'imaginais d'un aquarium public, à fortiori dans une capitale internationale...

Est-ce un problème de financement ou bien un choix délibéré de se limiter à de l' « entertainment » ?

Le rôle des aquariums publics ne devraient-ils pas être avant tout chose informatif, éducatif, plutôt que sensationnaliste ?

Pourtant, l'aquarium de Berlin, comme on peut le lire sur son site internet, se vante de posséder en coulisse des installations chargées de reproduire les animaux marins.

Alors pourquoi une façade visible si « appauvrie » ?

J'aurais voulu apprendre plus à propos de ce que j'ai vu, qu'on me donne à lire, à écouter, et non pas simplement à voir.

A la sortie, j'aperçois un groupe d'enfants qui courent maintenant vers le parc animalier voisin.

Un peu plus loin, une église bombardée pendant la seconde guerre mondiale pointe encore fièrement les restes de son clocher vers le ciel.



Les enfants ont maintenant disparus au coin de la rue.

Dans quelques mois, quelques années, que signifiera un récif pour eux?

Quelle approche auront-ils de la protection de l'environnement?

Qu'auront-ils retenu de leur visite ?

Certainement le peu qu'on a daigné leur montrer.



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Publié par piquesegue le 28/8/2007. 15531 lectures.