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Les antennaires en détail

Les antennaires en détail

Les antennaires : tout sur tout


adaptation technique : Guillaume ECKERT et Denis TERVER, complément d'informations par l'expérience par Rudy H (alias "Roudaille").


Les Poissons-crapauds ou Antennaires ou Poissons-pêcheurs, sont aussi bizarres qu'étranges. Peu d'espèces présentent autant de singularités, que celles appartenant à ce groupe. En fait, les Antennaires sont très proches des baudroies mais possèdent des nageoires articulées dont elles se servent comme de mains pour ramper le long des substrats rocheux. Ils affichent aussi une peau lisse et verruqueuse qui leur a valu le nom de Poissons-crapauds. Des formes curieuses et des couleurs insolites, leurs permettent de se fondre dans leurs environnement : on peut les qualifier de rois du camouflage.

Comme certains de leurs noms vernaculaires le laissent entendre, les Antennaires exhibent, sur la tête et juste en arrière de la bouche, des leurres en forme de canne à pêche miniature; c'est l'une des caractéristiques du groupe qu'ils partagent avec les Baudroies - ou Lotes de mer - auxquels ils sont étroitement apparentés.

antennaire Antennarius maculatus

La première épine dorsale a, en effet, évolué pour former une sorte d'antenne (d'où le nom du groupe), en fait un appendice en filament terminé par un leurre, une sorte d'hameçon, le tout caractérisant l'espèce. Cette canne à pêche, équipée de son amorce, leur permet d'attirer et de capturer les proies imprudentes, de petites tailles le plus souvent.

On peut penser qu'il s'agit là d'une adaptation à l'usage de Poissons plutôt maladroits et mauvais nageurs, exception faite lorsqu'ils utilisent, occasionnellement la propulsion… à réaction !

Trop voraces pour être maintenus en compagnie d'une majorité d'espèces, ils apportent toutefois une touche exceptionnelle aux aquariums lorsqu'ils cohabitent avec des Poissons placides, trop volumineux pour être considérés comme de la nourriture. Ils se maintiennent également bien, seuls parmi les invertébrés sessiles et les coraux.

Aspects taxonomiques


Malgré leur morphologie très différente, ces petites espèces, dont la taille varie de 5 à 30 cm, sont apparentées à la baudroie ou Lote de mer, que l'on peut acheter, le plus souvent sans tête, dans les supermarchés.

L'ordre des Lophiiformes, comprend le Sous-ordre des Lophioïdés (Baudroies), le Sous-ordre des Antennarioïdés (Poissons Chauves-souris ou Ogcocephalidés, Poissons à pattes ou Antennariidés) et le Sous-ordre des Cératioïdés (Poissons des profondeurs, émettant généralement de la lumière). L'Ordre des Lophiiformes compte plus de 225 espèces, réparties en une quinzaine de genres; elles peuplent tous les océans du globe, depuis les fosses océaniques jusqu'aux récifs tropicaux peu profonds en passant par les zones tempérées ou froides.

La famille des Antennariidés compte 41 espèces, réparties en trois sous-familles : Antennariinés, Lophichtyinés et Tetrabrachiinés. Les deux dernières sont représentées chacune par une seule espèce (elles sont dites monotypiques) : le Poisson-crapaud aplati (Lophichthys boschmai) et le poisson-crapaud à quatre bras (Tetrabranchium ocellatum).

Les douze autres genres sont inféodés aux Antennariinés à savoir : Allenichthys, Antennarius, Antennatus, Echinophryne, Histiophryne (dont Histiophryne psychedelica, Histrio, Kuiterichthys, Lophiocharon, Nudiantennarius, Phyllophryne, Rhycherus et Tathicarpus).

étonnant Histiophryne psychedelica

Parmi ces genres, Antennarius et Histrio sont fréquemment importés et généralement disponibles dans les magasins d'aquariophilie.

antennaire Antennarius striatus

Une large distribution géographique


Bien que présents dans toutes les régions tropicales marines, golfe du Mexique, Mer Rouge, Golfe Persique, la plupart des espèces se concentrent cependant autour de l'archipel Indo-australien. En fait, le groupe se retrouve dans toutes les eaux tropicales marines - à l'exception de la Méditerranée.

Le genre Antennarius, qui comprend environ 24 espèces décrites, compte parmi les plus fréquemment importés par les commerces aquariophiles dans le monde.

Selon le Dr Théodore Pietsch, spécialiste des Poissons-crapauds, des Antennarius ont été répertoriés dans l'Atlantique Ouest, près de New-York, au sud des côtes brésiliennes, le long de la côte sénégalaise dans l'Atlantique Est, dans l'Indopacifique, des fonds de l'Afrique du Sud jusqu'au Japon et la Nouvelle-Zélande. Ils ont également été inventoriés au large de la Californie, aux iles Galápagos et au large du Chili. En fait, ils s'égarent parfois dans les zones tempérées, emportés par les courants.

Maîtres du déguisement


La plupart des Poissons-crapauds ou Antennaires vivent dans les profondeurs océaniques mais beaucoup d'entre eux ont évolué pour se fondre avec les couleurs vives des récifs coralliens. Certains le font si bien qu'il est très difficile de les repérer, ce qui leur permet de surprendre leurs proies, mais aussi d'échapper à leurs prédateurs. Beaucoup arborent des couleurs orange, rouge ou jaune pour se confondre avec des éponges aux couleurs vives, si bien qu'ils passent totalement inaperçus. Sur le récif, les Antennaires sont passés Maîtres dans l'art du camouflage.

Ces poissons ont modifié la structure de leurs téguments pour s'enrichir d'innombrables lobes, replis et lambeaux cutanés, spicules, filaments qui leur donnent parfois un aspect barbu et leur assurent mimétisme et homochromie.

La plupart des Poissons-crapauds sont camouflés de façon relativement grossière, mais certaines espèces sont parvenues à ressembler à des polypes australiens ! Aussi les proies (et les plongeurs) distinguent difficilement les contours réels de ces Poissons.

Comme tous les Lophiiformes, les Poissons-crapauds ou Antennaires ont modifié leur nageoire dorsale. Le premier rayon de la dorsale, au-dessus de la tête, juste en arrière de la bouche, est transformé en filament pêcheur utilisé comme une canne à pêche miniature. Ce filament est appelé illicium (ce qui signifie "appât"), et le leurre, esche ou aiche qui lui est attaché, sert justement ... d'appât.

Les poissons-crapauds sont des imitateurs agressifs. Ils ressemblent à s'y méprendre à une roche, un fragment de corail ou d'éponge, tortillent leur appât, de bas en haut, lui font faire des moulinets, pour attirer leurs proies et les engloutir en une fraction de seconde. Les Antennaires consomment très peu d'énergie pour agiter leur leurre, de sorte qu'ils peuvent rester parfaitement immobiles de longues périodes durant.

deux antennaires Antennarius

Lorsqu'ils trouvent un endroit convenable et stable pour prendre position, ils attendent simplement le passage de Poissons, de crevettes ou de crabes. Quand ils repèrent une proie, ils agitent leur illicium, pourvu de son esche, dans tous les sens. Intrigués par ce leurre sautillant qu'ils confondent avec une proie vivante, les Poissons s'en approchent pour s'en emparer, ce qui permet à l'Antennaire d'examiner l'intrus de plus près. L'ouverture instantanée de cette gueule démesurée provoque une aspiration telle que la proie est immédiatement engloutie, de petites dents recourbées vers l'arrière, enlevant tout espoir de retour !

Un Poisson qui marche !


L'un des plus fascinants aspects des Antennaires est leur mode de locomotion tout a fait inhabituel. En fait, les Antennaires peuvent se déplacer de trois manières différentes : la nage, grâce à des battements de queue - une technique qualifiée de natation subcarangiforme, la propulsion à réaction, les muscles de leur énorme bouche et leurs cavités branchiales impressionnantes aspirant et rejetant violemment l'eau par les ouvertures operculaires, et la marche.

Les Antennaires possèdent des nageoires pectorales et pelviennes musclées et trapues dont ils se servent comme des membres de tétrapodes. Ils utilisent ces nageoires modifiées, qui rappellent une main humaine à caractère préhensile, également parfois appelées pieds d'éléphants, pour adhérer au substrat et se promener sur les fonds marins. Piètres nageurs, leur mode de locomotion préféré est : la marche.

Comment les maintenir en aquarium ?


La taille des Antennaires se situe en moyenne entre 6 à 25 cm, parfois plus (jusqu'à près de 40 cm!). Il est donc important de bien identifier l'espèce proposée par le vendeur. Avant tout achat, il faut aussi s'assurer de disposer de l'aquarium approprié.

Si vous n'arrivez pas à identifier votre antennaire, vous pouvez écrire à l'adresse suivante " roudaille (chez) aquaportail.com ", nous ferons de mieux pour vous aider, ou posez votre question dans ce sujet sur les identifications d'antennaires.

Compte tenu de la capacité des Antennaires à adapter leur couleur à leur environnement, mais aussi de la grande variété de formes, il est souvent difficile de les déterminer et les revendeurs, grossistes ou importateurs, le font rarement à votre place! Alors munissez-vous d'un bon guide d'identification et vérifiez bien de quelle espèce il s'agit avant de l'acheter. En effet, des dizaines d'espèces, appartenant à 6 groupes différents, sont actuellement décrites.

La plupart des Antennaires sont, heureusement, identifiables par la couleur, la forme, la position et la structure de l'illicium et de son esche. Cet organe permet, normalement, d'identifier précisément l es Poissons-crapauds; filament pêcheur et appât varient selon les espèces. Au repos, l'illicium est appliqué contre la peau ou logé dans une fossette ou dépression de la tête et par conséquent peu visible. La première chose à faire est donc de l'amener à déployer sa canne à pêche!

Chez certains Antennaires, l'esche peut aller jusqu'à ressembler à un petit poisson, éventuellement pourvu de rayures et parfois même d'un ocelle imitant un œil !

Les Antennaires ne conviennent pas pour l'aquarium récifal typique, car les hôtes de petite taille comme les poissons-clowns, les labres, les Demoiselles et les Crevettes seraient rapidement leurrés, certains esches ressemblant d'ailleurs à une crevette !

Bien que n'étant pas des espèces strictement inféodées aux récifs, ces poissons ont cependant un comportement plus naturellement dans des aquariums pourvus de pierres vivantes et peuvent coexister avec des coraux et d'autres Invertébrés sessiles. L'idéal est de les maintenir seuls et au contact de roches vivantes (FOWLR = Fish-Only-With-Live-Rock).

Pour les petites espèces (comme les Antennatus sp.), il est possible de les maintenir dans des micro récifs à condition d'évacuer leur fèces ou que l'installation dispose un assez puissant écumeur, car les Antennaires sont de gros pollueurs. Les espèces plus grandes ont besoin d'aquariums plus volumineux, proportionnellement adaptés à leurs tailles ; mais ils ne doivent pas être trop grands car les Antennaires préfèrent attendre que leurs proies nagent à proximités plutôt que de se lancer activement à leur poursuite.

Un dernier conseil sur la maintenance, les poissons-crapauds n'aiment pas le courant car ce sont de mauvais nageurs. Pour éviter de les épuiser, il ne faut pas les mettre dans un aquarium trop brassé (en plus cela n'aide pas à les nourrir).

Manipuler son antennaire


Contrairement à beaucoup de poissons, les antennaires ne doivent jamais sortir de l'eau. Bien qu'habituellement, nous ne recommandons par de mettre l'eau de votre fournisseur de poisson dans votre bac, pour les antennaires c'est recommandé. En effet, après avoir adapté son antennaire, nous vous conseillons de le récupérer avec un verre ou un contenant permettant de la placer entièrement sans qu'il prenne l'air. Si votre antennaire aspire de l'air dans son estomac, il est probable qu'il n'arrivera pas à l'expulser ce qui entraînera la mort du poisson à court terme.

Ne pas non plus utiliser de méthode qui pourrait endommager sa peau car cette dernière se régénère difficilement.

Nourrir son antennaire


Il est très important et ce n'est pas toujours facile, de veiller à bien nourrir les Antennaires, en quantité et qualité. Certains aquariophiles ne l'ayant pas fait, ont eu la désagréable surprise de voir un Poisson-crapaud avaler son partenaire ! D'autres de le voir dépérir à vue d'œil quand il est seul et mal nourri.

La plupart des Antennaires possèdent une énorme bouche, véritable trappe aspirante capable d'engloutir des Poissons et des Invertébrés plus gros qu'eux. Une fois en bouche, la proie n'est plus en mesure d'en sortir car, le cas échéant, des dents en forme d'aiguilles recourbées la retiendraient. L'autre atout qui leur permet de tirer le meilleur parti d'une grosse proie: la présence d'un estomac très extensible, capable d'une expansion inimaginable.

Comme ils ne bougent pas beaucoup, ce qui fait partie de leurs singularités, Ils préfèrent des proies vivantes qui s'agitent, comme les Crevettes. Après une période d'acclimatation plus ou moins longue, ils s'adaptent cependant, le plus souvent, à de la friture décongelée distribuée à la pince. A l'exception des périodes d'acclimatation, il n'est généralement pas nécessaire de proposer, comme nourriture, des Poissons vivants. Ils acceptent rapidement la nourriture inerte, agitée à la pince, devant leur gueule.

Contrairement à ce que beaucoup disent, les antennaires ne sont pas des poissons craintifs et peureux. Par contre les nourrir avec une pince lorsque leur taille est assez petite n'entrainera pas de réaction de leur part (agitation de l'illicium) car la pince les impressionnera. Pour les petits antennaires, nous recommandons d'utiliser quelque chose d'assez discret, comme un tuyau d'Oxygène où une paille dans laquelle il faudra coincer la nourriture en partie pour pouvoir agiter la partie sortante et imiter un mouvement vivant. Avec cette technique, nous avons réussi à nourrir les antennaires avec des moules, des poulpes, des petits poissons enfin tout ce que ces poissons peuvent consommer.

Nous avons tendance à penser que nourrir des antennaires avec des poissons vivants d'eau douce peut leur suffire mais ce n'est pas vrai. Tout ces poissons nourrit exclusivement au poisson d'eau douce finissent par dépérir. Certainement, dû à des carences.

Il semble également déconseillé de nourrir les antennaires avec des crevettes vivantes car leur « rostre » peut endommager leur estomac.

*Nous avons remarqué que les antennaires digèrent en général de 48h à 72h en fonction de la quantité ingérée. Leur fèces étant généralement solide, il est aisé de les retirer pour éviter de polluer les bacs.

Concernant la fréquence de nourrissage, on entend tout et son contraire. Nous avons tendance à penser que les antennaires doivent plutôt être nourris 2 à 3 fois par semaine avec des quantités raisonnables plutôt que de les goinfrer une fois tous les 15 jours. Pour nous, cela est relié à leur temps de digestion.

Devraient-ils être hébergés avec d'autres poissons d'aquariums ?


Idéalement, les Antennaires devraient être seuls dans leur aquarium ou séparé des autres poissons par des grilles ou autre système. Toutefois, dans un grand bac, il est possible de les maintenir avec des poissons plus gros et calmes (mais nous ne le recommandons pas), en s'assurant simplement que ces derniers sont trop impressionnants pour leur servir de déjeuner !

Des poissons mesurant moins d'une fois et demie la taille de l'antennaire ne doivent pas être mis dans le bac car l'antennaire serait tenté et s'étoufferait en les avalant. Il n'est pas rare de voir un antennaire mourir après avoir ingérer une proie.

Il faut aussi faire attention aux poissons qui ont tendance à picorer (comme les anges) qui par curiosité peuvent venir leur titiller l'illicium ou autre aspérité sur leur corps. Les antennaires sont capables de dilater leur estomac mais souffrent facilement d'infection si leur peau est endommagée.

Mes observations ont montré que les antennaires résistent particulièrement au point blanc mais ne résistent pas aux champignons.

Les Poissons-crapauds peuvent coexister avec des congénères de la même espèce, mais les mâles peuvent être agressifs entre eux. Les couples cohabitent généralement mieux.

Nous avons également entendu dire que les antennaires peuvent se stresser mutuellement, c'est la raison pour laquelle nous conseillons encore une fois de les maintenir seul.

A toutes fins utiles, voici un petit tableau de poissons qui ne sont pas conseillés de maintenir avec des antennaires (la liste n'est pas exhaustive) car ils pourraient les tuer s'ils sont assez gros pour ne pas être mangés:
Et enfin, une liste de poisson que l'on peut maintenir avec eux en respectant les règles de précautions élémentaires comme la taille (2 x plus gros au minimum):
  • les mérous
  • les poissons scorpions
  • les lutjans
  • autres prédateurs de poissons.

En général, même ces gros poissons ne font pas attentions aux antennaires qui sont relativement bien camouflés.

Particularité des antennaires


Quelques petits faits intéressants :
  • Attraction chimique : certains antennaires en particulier du groupe « striatus » pourraient dégager des secrétions chimiques pour attirer leur proie en complément de leur leurre.
  • Leurre mangé : Si l'esche qui sert d'appât a été endommagée par un poisson qui l'a effectivement attrapé avant que l'antennaire l'est ingéré, le leurre se reconstruit sur une période de 4 à 7 mois.

Article complémentaire : les poissons-crapauds (autour des océans).


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Publié par anemone-clown le 2/2/2011. 9748 lectures.