
Le mystère des algues bleues
Date 17/5/2008 8:30:00 | Sujet : Actualité
| Par : Louise Leduc
Bien que le réservoir Choinière ait été fermé à la baignade à plusieurs reprises ces dernières années en raison de floraisons d'algues bleues, ses perchaudes, elles, contenaient en 2006 16 fois moins de cyanotoxines que la norme acceptable pour la consommation. Voilà qui est encourageant, mais il demeure hasardeux, scientifiquement, d'étendre ces conclusions aux autres lacs ou aux autres espèces de poissons.
«On ne peut pas certifier que la consommation de poissons pêchés dans des lacs aux prises avec des cyanobactéries soit bonne ou pas et le Ministère ne le sait pas non plus», note Philippe Juneau, professeur de sciences biologiques à l'UQAM.
S'il s'est porté au chevet des perchaudes du réservoir Choinière - où la pêche à la perchaude est une activité très courue et qu'il fallait s'assurer que ce ne soit pas dangereux - aucune autre étude sur les poissons du Québec qui pataugent parmi les cyanobactéries n'a été réalisée.
Cela étant dit, intuitivement, il n'y a pas lieu de s'inquiéter: d'une part, parce qu' il n'y a pas eu de mort d'homme. Pas de mort naturelle de perchaude non plus.
Surprenant? Le collègue de M. Juneau, Charles Deblois, avait tenté le coup, lui, sur des tilapias du Brésil. Pendant 30 jours, il a fait patauger ses poissons dans une soupe très verte faite de bons concentrés d'algues bleues. Comment les tilapias s'en sont-ils tirés? Très bien. Très en forme, les tilapias. «On ne sait pas si c'est parce que ces poissons sont particulièrement résistants, parce qu'ils arrivent à éviter de manger les pires algues ou parce qu'ils arrivent à bien les éliminer, mais en tout cas, ils n'ont pas semblé affectés», dit M. Deblois.
Le biologiste David Bird, lui, s'apprête à se pencher sur les poissons de la baie Missisquoi. Pour le reste, encore une fois, c'est le néant.
Qu'il s'agisse de poissons exposés aux algues bleues ou d'algues bleues en général, il est quand même frappant - en causant avec divers experts rencontrés hier au colloque de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS) consacré à ce sujet - de constater à quel point ces algues demeurent un mystère.
Par exemple, note M. Juneau, au réservoir Choinière, en septembre, alors qu'il y avait peu de cyanobactéries, des analyses ont démontré qu'elles étaient très toxiques. En octobre? Là, il y avait plein d'algues bleues, mais leur toxicité était moindre. À d'autres moments, il y avait adéquation: beaucoup d'algues bleues et beaucoup d'algues toxiques. Inutile de dire qu'un simple coup d'oeil à des algues bleues, aussi florissantes soient-elles, ne nous dit rien du danger qu'elles présentent...
De la même manière, alors que la liste ministérielle de lacs à éviter n'en finissait plus, la baie Missisquoi - l'une des plus touchées historiquement au Québec - était bizarrement presque épargnée l'été dernier. La raison supposée: le manque d'azote (que l'on utilise beaucoup pour faire pousser le maïs). «On pense que ce sont les précipitations abondantes de l'automne précédent qui a en quelque sorte lavé à fond le lac et qui a permis une accalmie», dit David Bird.
La baie Missisquoi sera-t-elle épargnée cet été? «Les précipitations de 2006 étaient exceptionnelles et je ne serais pas étonné que les cyanobactéries soient de retour cette année, mais pour cet endroit comme pour les autres lacs au Québec, je m'abstiendrai de faire des prédictions: celles que j'ai faites les années passées étaient si souvent fausses!»
Belle modestie de M. Bird, qui en dit long, aussi, sur l'imprédictibilité des algues bleues...
Source : http://www.cyberpresse.ca
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