Par C.Bn
Une généticienne américaine, Esther Angert, de Cornell University à Ithaca (New York) vient de décrire la découverte d’un organisme qui possède 200 000 copies de son ADN. Pour le cas où l’extravagance de la chose ne s’imposerait pas à l’entendement, précisons que l’homme accomplit des merveilles avec, dans chaque cellule, un maximum de deux copies de son ADN, l’une héritée de papa, l’autre de maman. La bestiole en question, elle, n’a ni père ni mère, et se multiplie en se divisant, ce qui est la moindre des choses puisque c’est une bactérie. Imaginez donc le travail, recopier à chaque tour, sans faire de faute fatale, 200 000 génomes… L’exploit d’Epulospiscium (c’est son nom) n’a d’égal que l’opiniâtreté de la généticienne, rapportée sur le site de la revue Nature, le 8 mai.
Il en fallait une bonne dose pour étudier le microbe. Certes, il est gros avec tout cet appareillage génétique planqué sous la membrane : un demi-millimètre de long. Mais il faut tout de même aller le chercher là où il loge, au fond de l’intestin d’un poisson frayant dans les mers tropicales : Naso unicornis, dont la tête est ornée d’un promontoire plus splendide que celui de Cyrano, et que l’on peut admirer à l’aquarium tropical de la porte Dorée, à Paris. L’histoire ne dit pas qui a eu, le premier, l’idée d’isoler ce microbe. Mais c’est assurément Esther Angert qui l’a fait entrer dans le livre des records, aplatissant le précédent (120 génomes) détenu par une bactérie vivant chez les pucerons. Ce faisant, la généticienne soulève des questions scientifiques fondamentales. Quel est l’intérêt au plan évolutif de posséder un patrimoine aussi volumineux ? Est-ce le fruit d’une sorte de cercle vicieux : plus il y a de gènes, plus il en faut pour les copier, et cela d’autant plus qu’on est gros et qu’il faut se nourrir ? Les hypothèses grouillent déjà sur le compte de la bête.
SOURCE: http://www.liberation.fr
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