40 % des océans sont fortement touchés par les activités humaines

Date 16/3/2008 8:30:00 | Sujet : Actualité

 Par : Christophe Magdelaine

    Pour la première fois, une carte montre l'empreinte des activités humaines sur les océans mondiaux. Même si elle mérite d'être complétée et affinée, elle dresse un premier bilan de l'état devenu médiocre du berceau de la vie.


Plus de 40 % des océans sont fortement affectés par les activités humaines et trop peu d'espaces marins restent encore vierges selon la première étude globale de l'impact de l'Homme sur les écosystèmes marins.
Ce premier état des océans, publié dans le magazine Science du 15 février 2008, a été réalisé par une équipe de 19 chercheurs dirigé par Benjamin Halpern du National Center for Ecological Analysis and Synthesis (NCEAS) (Université de Californie de Santa Barbara).




    Ce qui est novateur dans l'exercice c'est la prise en compte de différents impacts négatifs pondérés en fonction de l'écosystème étudié. Ainsi, 17 activités comme la pêche, les pollutions, les espèces invasives, l'acidification, le changement climatique... Ont été croisées sur des mailles de 1 km² qui couvrent toute la surface des océans. Une note quantifiant l'impact a été ensuite attribuée à chacune de ces mailles géographiques, ce qui a permis de dresser la carte ci-dessous.
Ainsi, l'étude a permis de synthétiser des données sur différents écosystèmes marins tels que les récifs coralliens, les prairies sous-marines, le plateau continental et l'océan profond.
"Ce projet nous permet de commencer à voir comment les humains affectent les océans" a déclaré Ben Halpern. "Nos résultats montrent que lorsque les impacts individuels sont agrégés, la photo globale est bien plus mauvaise que ce que l'on pouvait imaginer. Ce fût sans aucun doute une surprise pour moi" a t'il ajouté.

Les zones les plus dégradées et les zones relativement intactes

L'étude montre que les espaces marins les plus affectés par les activités humaines sont la Mer du Nord, le sud et l’est de la mer de Chine, la mer Méditerranée, le bassin des Caraïbes, la côte est de l’Amérique du Nord, la Mer Rouge, le Golfe Persique, la mer de Béring et diverses régions occidentales du Pacifique.
Les zones les plus épargnées se trouvent en grande partie près des pôles, là où les activités humaines sont faibles ou inexistantes. "Malheureusement, comme la banquise a tendance à disparaître avec le réchauffement climatique et que les activités humaines se répandent sur ces espaces, le risque est grand de voir se dégrader ces écosystèmes relativement intacts" a souligné Carrie Kappel, un scientifique de la NCEAS.

L'influence des activités humaines sur les océans varie considérablement suivant les écosystèmes. Les récifs coralliens, les prairies sous-marines, les mangroves, les récifs rocheux et les monts sous-marins sont les plus durement touchés. Les secteurs les moins affectés sont les eaux de surface et les eaux profondes.

Une cartographie évolutive

Malgré tous leurs efforts, les auteurs mesurent l'insuffisance de cette carte : certaines données sont incomplètes tandis que l'impact de certaines activités humaines reste encore mal documenté et étudié. "Nous espérons que davantage de données deviendront disponibles, les cartes seront ainsi précisées et mises à jour" a indiqué Fio Micheli, un scientifique de l'Université de Stanford. "Mais cela va certainement créer une image plus catastrophique".

"Un puissant outil d'aide à la décision"

Cette carte est sans aucun doute un puissant outil d'aide à la décision en montrant aussi quelles sont les activités qui ont finalement peu d'impact sur certains écosystèmes ou celles qui devraient être déplacées sur des écosystèmes moins fragiles ou encore réduites.
Comme la gestion et la conservation des océans se tourne de plus en plus vers les aires marines protégées (AMP) et la gestion fondée sur l'écosystème (EBM - ecosystem-based management) pour mesure et contrôler l'influence humaine, une telle information sera extrêmement précieuse pour les gestionnaires et les décideurs.

"Mon espoir, c'est que ces résultats constituent un signal d'alarme pour mieux gérer et protéger nos océans, plutôt qu'une raison pour baisser les bras", a ajouté Halpern.
"L'homme utilisera toujours les océans pour les loisirs, l'extraction de ressources, et les activités commerciales comme le transport maritime. Notre objectif, et vraiment notre nécessité, est de faire cela d'une manière durable pour que nos océans restent en bonne santé et continuent à nous fournir les ressources dont nous avons besoin".






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