Oiseaux, poissons, plantes d'agrément... autant de choses qui rendent la vie plus belle. Les loisirs de luxe des Saigonnais se complètent aujourd'hui avec... des crevettes.
Tel un petit élève qui attend avec impatience le week-end pour se livrer à son loisir préféré, Tang Vy Cuong, habitant de l'arrondissement de Tân Binh, Hô Chi Minh-Ville, se hâte de quitter son bureau en fin de journée pour rentrer soigner ses petites crevettes rouges. Dès le seuil du salon de M. Cuong, on est frappé de voir un grand aquarium rempli d'eau, trônant sur un support de bois joliment sculpté. Un univers de crevettes multicolores nageant à leur guise à travers des algues vertes ou des monticules de pierre.
A l'aide d'une petite pince, M. Cuong leur donne à manger. Les petits crustacés se pressent à l'endroit où tombent, une à une, les minuscules boules de nourriture. "Regardez cette scène si vivante. C'est tellement vivifiant après les heures de stress au travail", dit M. Cuong.
Un loisir qui l'emporte sur les autres
Montrant du doigt des crevettes surnommées "nez rouge", en raison de leur tête toute rouge, il explique que cette race exotique, nouvellement importée de Thaïlande, est la moins chère sur le marché des crevettes d'agrément et coûte quand même de 20.000 à 40.000 dôngs/crevette. Quant aux "rouges cerises", d'un corps rouge vif, elles coûtent 50.000-80.000 dôngs/crevette. La plus coûteuse est l'espèce dite "abeille nageuse" - au corps cerné de rayures alternativement rouges et blanches laiteuses - dont le prix peut atteindre 40 à 100 dollars/crevette, selon la vivacité des couleurs.
M. Cuong est parmi les rares "amateurs... de crevettes d'agrément" à Hô Chi Minh-Ville. Ce hobby onéreux, introduit tout récemment au Vietnam, n'a pas beaucoup de passionnés pour le moment. Mais, pour les connaisseurs, "ce loisir l'emporte sur les autres" en ce qui concerne son pouvoir d'attraction.
Chez Nguyên Quôc Long, rue Nguyên Gia Thiêu, 3e arrondissement, se trouvent 4 aquariums abritant chacun une centaine de petits crustacés rouges. Outre les "rouges cerises" et les "abeilles nageuses", M. Long nourrit encore d'autres espèces aux noms bizarres : Tiger, Yamato, Hennessy... "Ces surnoms proviennent de leurs particularités. Par exemple la Hennessy a la couleur de l'alcool du même nom...", explique M. Long. En jetant un coup d'oeil sur un autre aquarium en cristal où s'agite une multitude de lar-ves, il révèle que chez lui, les crevettes rouges se reproduisent "normalement, comme dans leur environnement naturel". Mais, parmi cette foule aquatique, seulement quelques dizaines finiront par répondre aux "critères" de crevette d'agrément.
Une "abeille nageuse" à 2.000 euros
Le plus fin connaisseur de ce divertissement "à la mode" serait An Phuc Thanh, un Viêt kiêu de Thaïlande. Il a été le premier à importer les crevettes rouges et les matériels pour ce loisir coûteux, au service duquel il a monté une entreprise. Dans son magasin, on peut trouver presque toutes les espèces rares. Les "abeilles nageuses" par exemple se dif-férencient les unes des autres par la couleur de leurs rayures : rouge-blanc, blanc-noir, jaune-vert..., voire entièrement blanc laiteux. "Cette dernière variété est très recherchée et peut atteindre des prix fous. Lors d'une vente aux enchères en Allemagne, une crevette s'est vendue 2.000 euros", s'exclame M. Thanh avec enthousiasme.
Sous chacun de ses gigantesques aquariums il place un conditionneur pour "assurer une température permanente de 23°C-26°C, appropriée aux minuscules crustacés", explique-t-il. De plus, il faut placer dans l'aquarium quelques scories volcaniques "pourvoyeuses de calcium aux crevettes au moment des mues". Pour lui, les crevettes d'agrément exigent un environnement sain, pour cette raison il n'utilise que de l'eau minérale en bouteille. Sans oublier d'ajouter au fond de l'aquarium une légère couche de "terre fertilisante de fabrication japonaise, pour maintenir le pH à 5-6".
Un investissement dispendieux qui gonfle encore avec les dépenses quotidiennes en nourriture pour crevettes. Car les aliments importés de Thaïlande ne sont pas du tout bon marché, de l'ordre de 8 dollars le paquet de la taille d'une boîte d'allumettes.
Mme Phuong My, dans l'arrondissement de Phu Nhuân, avoue pour sa part "être toujours sous le charme de cet univers sous-marin miniature". Pour elle, dans ce genre de distraction de luxe, chaque aquarium est le reflet fidèle du caractère du propriétaire, de son talent, de son sens esthétique et aussi de sa capacité financière. Mais une idée fait consensus parmi tous ces amateurs de crevettes : "En contemplant les crevettes rouges, on a l'impression que toute la fatigue accumulée s'envole soudainement. Plus de stress. L'âme devient tranquille. Et la vie repart plus belle".
Nghia Dàn/CVN
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