Kaléidoscope à nageoires
Elles ont de beaux yeux, les carpes koï: grands, vifs, parfois soulignés de bleu… Mais ce n’est pas leur regard qui fait la réputation de ces poissons dont les Japonais sont fous, ce sont surtout leurs couleurs, variées à l’infini, l’animation joyeuse qu’ils apportent à l’étang le plus austère.
© Isabelle Fahrni | Les koï: un régal pour les yeux
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Multicolores. Recenser les variétés de koï tient de la gageure. Parmi les plus connues: la Kohaku , blanche à motifs rouges, la Sanke , blanche à motifs rouges et noirs, la Showa , noire à motifs rouges et blancs, la Tancho , coiffée d’un rond rouge sur le crâne – symbole du drapeau nippon – qui ne doit présenter aucun autre motif rouge sur le corps, la Yamabuki Ogon , jaune métallique, la Platinum Ogon , blanche métallique… Certaines koï sont couvertes d’écailles, d’autres, les carpes miroir, exhibent de grosses écailles sur leurs lignes dorsale ou latérales (les Doïtsu – mot japonais pour Deutsche , allemande) et d’autres carrément nues. On les nomme carpes cuir.
Caractère en or. La koï, qui peut mesurer jusqu’à un mètre, peser 10 kg et vivre soixante dix ans, est paisible, pas agressive pour un yen. «On peut la nourrir à la main ou la caresser», se réjouit Isabelle Fahrni, vétérinaire et propriétaire d’une très belle collection de carpes.
Bassin ou aquarium? Si vous disposez d’un jardin et rêvez d’un étang où barbotent nénuphars et paillettes multicolores, pensez koï! Pour cinq à six carpes de taille moyenne, il faut un bassin de 2 m sur 2 et, idéalement, de 2 m de profondeur (minimum 1,5 m). La profondeur atténue les variations de température, donne du volume et rend les poissons moins craintifs; le fond constitue un refuge. Création d’un bassin: - exposition. Les koï n’aiment pas nager au soleil du matin au soir. Prévoir donc un espace à mi-ombre, mi-soleil. - Qualité de l’eau. Elle doit être excellente, donc requiert une bonne filtration. «Un bassin doit se faire», explique Isabelle. Il doit fonctionner au moins un mois avant l’introduction d’un petit lot de poissons. Contrôler régulièrement les paramètres de l’eau (ammoniaque, nitrites, pH, etc.). Pour être «au top», un filtre met jusqu’à trois mois, un bassin trois ans! - Filtres, UV et bactéries. Choisir un filtre assez grand (pour un bassin de 10 m³, filtre pour 30 à 40 m³), un appareil UV (pour combattre l’eau verte). Bien ensemencer les filtres avec des bactéries spécifiques. Nettoyer les filtres avec l’eau du bassin (l’eau chlorée du robinet détruit le filtre biologique). Les koï de petite taille peuvent se contenter d’un aquarium de 500 litres. Avec les mêmes exigences. - Nourriture. Choisir de préférence des granulés flottant sur l’eau: cela permet de contrôler l’appétit des poissons (donc leur santé) et salit moins que les flocons qui coulent. Les carpes japonaises sont un plat de choix pour les hérons. Une statue de cet oiseau peut suffire à les éloigner; parfois il faut tendre un réseau de fils au-dessus du bassin. - Maladies et prix. Les koï sont sensibles à une mauvaise qualité de l’eau, peuvent être parasitées par des protozoaires, des vers externes ou atteintes d’infections bactériennes ou virales; attention à l’herpès du koï (nécrose des branchies, très contagieux). A l’achat, bien contrôler les poissons! Une jeune koï, «jolie sans plus», coûte 9 à 15 €.; un tategoï ( koï d’un an sélectionnée pour ses qualités esthétiques prometteuses) 90 à 300 €.; mais… couleurs et motifs évoluent avec le temps, et pas toujours dans le sens souhaité! Enfin, une beauté confirmée vaut 9 000€, voir plusieurs centaines de milliers d'euros.
A vos questions, des réponses - Une référence. Isabelle Fahrni est, en Suisse romande, la spécialiste des koï. Comme elle est vétérinaire, elle est d’excellent conseil. Tél. 0217295529, Internet: www.koivet-koisale.ch, e-mail: isafahrni@bluewin.ch. Internet. Mini-sélection: www.francecarpekoi.com, le site du France Carpe Koï Club, www.passionbassin/faune4.php.com http://lesbeauxjardins.com/amenagement/aquatique/faune/koi.htm - A lire. Le grand livre des koï, Ed. Chantecler. Guide détaillé et richement illustré pour qui veut créer un bassin. Guide aussi pour choisir et reconnaître les poissons. Passionnant! (bd)
Pour ne pas nager, plongez dans le Grand livre des koï! Suivez bien: un Doitsu Sandan Maruten Kuchibeni Kohaku est un koï non métallique blanc et rouge (Kohaku) avec des écailles miroir (Doitsu), un motif à trois marques (sandan), dont une marque rouge séparée sur la tête (maruten) et des marques rouges sur les lèvres (kuchibeni). Probable qu’il serait un Doitsu Nidan Maruten Kuchibeni Kohaku s’il n’avait que deux marques… Evidemment que, s’il n’avait pas des écailles uniquement le long de la ligne dorsale et des lignes latérales, ce ne serait plus un Doitsu… et que, si la nageoire dorsale était rouge et non pas blanche, ce ne serait plus un Kohaku… Mais qu’est-ce que ce serait, alors? Difficile de s’y retrouver dans les classes, variétés et sous-variétés de koï. D’ailleurs, même les experts japonais ne sont pas toujours d’accord entre eux! N’empêche, c’est amusant de décortiquer toutes ces appellations, leur pourquoi, leur comment. Pour vous aider dans cette quête, plongez dans le «Grand livre des koï»* L’ouvrage est magnifique: passionnant pour le néophyte qui préférera la «section 2» et tentera de différencier un koï d’un autre. L’expérience peut durer des heures si l’on se pique au jeu! Photos, dessins, explications et encadrés (lexiques puisque tout se passe en japonais) à l’appui, le débutant aura d’abord l’impression de comprendre… avant de se retrouver dans une jungle insondable! Mais il paraît que petit à petit, les choses se mettent en place et que l’on peut, sans risque de se tromper, s’exclamer «Ah, le magnifique Gin Shiro (ou Shiro Utsuri métallique), son sumi est époustouflant!» en voyant un koï métallique noir à marques blanches dont le motif de la tête est remarquable! Plus sérieusement, l’ouvrage est un guide fantastique pour qui veut créer un étang ou un bassin. Tout y est expliqué, pas à pas: conception, construction (graphiques à l’appui), budget, ce qu’il faut faire et ne pas faire… qualité de l’eau (ce n’est pas une mince affaire), physiologie et santé des koï, nourriture, reproduction. La vente par Internet occupe aussi un chapitre du livre. Enfin, on sait tout, ou presque, sur les concours, qui ne se ressemble pas forcément selon qu’ils se déroulent au Japon ou en Europe. Bref, si l’envie de posséder des carpes japonaises vous titille, si vous voulez en savoir beaucoup plus sur ces poissons, le «Grand livre des koï» constitue une base solide!
«Le grand livre des koi. Un hommage au plus raffiné des poissons d’ornement», par Bernice Brewster, Nick Fletcher, Steve Kickling et Mick Martin, Ed. Chantecler, 205 p.
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