
À partir d’une tortue d’aquarium un habitant de Saint-Paul se retrouve à la tête d’un petit élevage de près de 500 carpes koï. Aujourd’hui, Richarson Damour voue une passion sans bornes pour ses carpes japonaises dont il dit posséder des spécimens parmi les plus rares sur l’île.
[15 août 2007] Richarson Damour se passionne pour les carpes japonaises depuis plusieurs années.
Ils sont identifiés sous “Goromo”, “Hageshiro”, “Kumonryu” ou encore “Goshiki” et “Hajero”. Pour le commun des mortels, ces noms n’évoquent sans doute pas grand-chose. Mais pour les passionnés de carpes, ce sont désormais des références. “Très rares”, ils seraient les seuls de leur espèce dans l’île selon leur propriétaire, Richarson Damour, qui a installé un petit élevage rue de Paris à Saint-Paul il y a environ quatre ans. Celui-ci compare cette collection exceptionnelle à des orques naines. “Ces carpes n’ont pas d’écailles. Par ailleurs, elles ont une tache blanche sur leur robe noire. C’est ce qui fait leurs particularités”, précise-t-il. Richarson Damour voue aujourd’hui une passion dévorante pour ces poissons. Passion qui est née il y a plusieurs années, suite à l’achat d’une tortue d’aquarium. “Très vite, cette tortue a commencé à grossir et je me suis rendu compte que l’aquarium devenait trop petit”, raconte-t-il. “De fait, j’ai aménagé un petit bassin pour elle”. Aussitôt, le Saint-Paulois réalise que le bassin est “un peu trop grand”. Il acquiert alors deux petits poissons et teste la cohabitation en essayant d’optimiser l’espace dans le bassin. Plus tard, il achètera une carpe koï. “Elle était de couleur unie, toute jaune”, se souvient-il. Mais le vrai déclic surviendra suite à une visite au parc Casela à l’île Maurice. SPÉCIMENS LIMITÉS DANS L’ÎLE “Quand j’ai découvert l’extraordinaire diversité d’espèces et de couleurs de poissons, j’ai eu envie de faire quelque chose de plus grand chez moi”, poursuit l’éleveur. Ainsi, de retour à la Réunion, il entreprend sans perdre de temps un agrandissement du bassin et en dispose d’autres dans sa cour. Il fait installer une pompe performante pour le recyclage de l’eau du robinet (il déconseille fortement l’eau de pluie qu’il estime trop acide). “Le chlore de l’eau courante offre l’avantage de s’évaporer assez rapidement”, dit-il. M. Damour équipe le tout d’un dispositif de filtrage afin de canaliser les impuretés. C’est ce que Pascal - ami avec qui Richarson partage cette passion - appelle le poumon. L’eau des bassins est alors laissée au repos pendant plusieurs semaines (un mois environ). “Pendant cette période le bassin se recouvre d’une substance verte, mais elle devient tout à fait exploitable”, assure M. Damour qui, entre-temps a démarché à droite et à gauche pour mettre la main sur des carpes koï. Très vite, il se rend à l’évidence que les espèces sont très limitées au niveau des collectionneurs réunionnais. “Quand je me renseignais ici pour avoir les espèces les plus prisées, soit on me laissait entendre qu’il n’y a pas, soit on me disait qu’il n’y en a plus”, se désole-t-il. De fait, dans l’espoir de mettre la main sur la pièce rare, il voit la nécessité de “farfouiller” sur internet où il est bien évidemment sous le charme des couleurs. Ainsi, deux ans après avoir obtenu tous les renseignements nécessaires quant à la meilleure façon de lancer un élevage de carpes koï zen, il passe sa premières commande suite à la création d’une société justement baptisée “Koï Zen”. Cette entité va d’ailleurs faciliter ses transactions. Entre-temps, il s’inscrit sur un forum belge regroupant d’autres passionnés. Il est aussitôt rejoint dans son projet par d’autres Réunionnais dont certains se rendent régulièrement au Japon, temple de la carpe koï. PRÈS DE 500 PIÈCES CHEZ KOÏ ZEN
Aujourd’hui, Richarson Damour et Pascal comptent près de 500 pièces dont des espèces “communes” (voir par ailleurs) qu’ils chouchoutent quotidiennement. Un élevage que les deux amis, employés dans un même grand magasin de meubles de Savannah, pratiquent uniquement pour assouvir leur passion. Et ce, même s’ils revendent leur production afin de faire régulièrement de la place dans les bassins. “Notre objectif est de partager avec le plus grand nombre, notre plaisir. On veut aussi pouvoir aider et conseiller ceux qui se passionnent pour les carpes”. Le profit et l’aspect commercial semblent donc très éloignés des préoccupations des deux éleveurs. G.L.
Une sélection impitoyable
Les premières carpes communes de couleur brune ont été introduites en Asie lors des conflits qui ont ravagé la planète au siècle dernier. Notamment lors de la guerre du Vietnam. “Assez faciles d’entretien”, d’après Richarson Damour qui s’est beaucoup documenté, ces poissons ont été lâchés en masse dans les rizières et les bassins. “Ils ont été exploités notamment pour leurs protéines”, précise celui-ci. Au bout de quelques années, la consanguinité aidant, les premières carpes de couleur sont apparues. Alors, les Japonais ont commencé les manipulations génétiques afin d’obtenir les plus beaux mélanges de couleurs. Ceux-ci sont d’ailleurs passés maîtres dans la production de carpes koï dites de “classe A”. D’après Richarson Damour, une carpe femelle commence à pondre ses premiers œufs à partir de l’âge de deux ans. “Une ponte peut parfois représenter quelque 400 000 œufs et peser environ un kilo”, dit-il. Désireux d’obtenir toujours les plus beaux spécimens, les Japonais effectuent à partir de ces pontes, une sélection très rigoureuse des alevins. Équipés de simples épuisettes, ils éliminent alors tous les alevins qui leur paraissent de couleur noire ou brune susceptibles de produire de carpes communes. Ceux-là servent de nourriture aux poissons adultes. Une seconde sélection est même possible. Finalement, ce sont environ 150 000 alevins - “les plus jolis” - qui sont gardés. Leur durée de vie varie entre 30 et 50 ans. Exceptionnel !

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