Par Maïté Koda

L’aquarium de Paris accueille jusqu’au 28 septembre une exposition sur les récifs coralliens d’Outre-mer. Si l’ensemble n’est pas des plus attrayants, il a le mérite de pointer du doigt la question de la préservation de ce patrimoine mondial.
Les coraux de nos océans sont en danger. Ces paysages marins paradisiaques sont gravement menacés par l’activité humaine. Il est plus que temps de sensibiliser le plus grand nombre à l’urgence de la situation et à l’importance de leur préservation, à la fois pour la biodiversité que ces récifs abritent, mais aussi pour l’économie qu’ils génèrent pour l’homme.
L’aquarium tropical de Paris expose cette semaine des photographies sous-marines de Claude Rives et des panneaux sur les récifs coralliens de l’Outre-mer français, réalisés par l’Ifrecor, (Initiative française pour les récifs coralliens). Quelques rares coquillages et des colliers polynésiens accompagnent le tout.
L’ensemble est peu valorisé par la lumière blafarde de la salle déserte. Une vidéo sur les coraux polynésiens tourne en fond sonore. Le tout fait pâle figure. Difficile de sensibiliser un public inexistant aux problématiques environnementales avec un décor aussi plat, peu servi par les maigres explications qui accompagnent les photos. Dommage.
10% des récifs coralliens mondiaux sont français
Les panneaux explicatifs sont pourtant riches en information. Ils reviennent sur les récifs coralliens de chaque département ou territoire d’Outre-mer. Pas moins de 10% des récifs coralliens mondiaux sont ainsi sous la responsabilité française.
En effet, on associe facilement la France du Pacifique que peut être la Nouvelle-calédonie ou la Polynésie à de somptueuses barrières de corail qui font saliver les touristes. Pourtant, la Réunion, les Antilles françaises, Mayotte et Wallis et Futuna n’ont pas à rougir de leurs fonds marins.
La Guadeloupe dispose d’une faune corallienne extrêmement riche, et de la plus longue barrière récifales des petites Antilles. A Mayotte, on compte 1 500 kilomètres carrés de complexe récifal . Quant à la Nouvelle Calédonie, avec ses 8 000 kilomètres carrés, elle est le 2e plus grand complexe récifal juste après l’Australie. Son récif corallient vient d’ailleurs d’être classé au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco.
Un patrimoine indispensable pour l’économie
Qu’il s’agisse d’atolls en Polynésie, de récifs frangeants comme à la Réunion ou de récifs barrière, que l’on retrouve notamment à Wallis et Futuna, ces complexes coralliens sont indispensables, à l’homme et son environnement. Tout d’abord ils attirent les touristes et permettent à des territoires tels que la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie de se bâtir une solide réputation. Les plongeurs et les plaisanciers viennent du monde entier les admirer. Or, le tourisme intervient pour une grande part dans les économies locales de plusieurs régions ou territoires d’Outre-mer. En Guadeloupe, il représente autour de 6% du PIB.
Outre le tourisme, les coraux sont une véritable manne pour les Ultramarins, notamment grâce à la pêche artisanale. En effet, les poissons et la nombreuse faune marine qui s’y abrite permettent à des centaines de millions de personnes de s’alimenter. La disparition ou l’érosion de ces complexes entraîne immanquablement une raréfaction des ressources pour ces populations.
Une activité humaine destructrice
Or le corail est gravement menacé, par l’activité humaine notamment. La pollution agricole ou industrielle, la surpêche, le réchauffement climatique sont autant de dangers qui planent sur ce patrimoine mondial. On estime que l’activité humaine met en péril 58% des récifs mondiaux. Le réchauffement des océans entraîne un phénomène de blanchiment du corail. Outre l’aspect esthétique qui se trouve altéré, ce phénomène implique la mort des coraux. Et la disparition des nombreuses méduses, poissons, étoiles de mer et anémones qui ne peuvent survivre sans ce refuge. Si les coraux ne représentent que 0,2% de la surface des océans, ils abritent pourtant 25% des espèces marines vivantes.
La protection de ce patrimoine maritime est donc plus qu’une priorité. Il y a urgence. Consciente de l’enjeu, la Réunion a déclaré en 2007 réserve naturelle marine 35km2 de fonds marins, sur 40 kilomètres de littoral. Cette réserve naturelle marine regroupe 80% des récifs coralliens de l’île.
Après les autorités, c’est la population qu’il faut sensibiliser. Locale, certes, mais aussi les touristes qui sont nombreux à se rendre en vacances en Outre-mer. S’ils espèrent pouvoir continuer à admirer les poissons « quatre yeux », les murènes dragons ou les dugongs - vaches marines - il leur faudra prendre conscience de l’importance de préserver leur environnement. L’exposition de l’aquarium de Paris, si elle n’est pas des plus attractives, a pourtant le mérite de s’attaquer au problème, et de chercher à informer et éduquer le public parisien.
Le corail, c’est quoi ?
Les coraux sont l’œuvre d’un organisme vivant : le polype. Dans le secret des profondeurs, les polypes, petits animaux microscopiques, se fabriquent un squelette en calcaire qui les protège des éventuels prédateurs. C’est ce squelette qui constitue la charpente du corail. Des algues, des éponges ou encore des mollusques viennent apporter, par la suite, leur contribution à l’édifice, pour former le corail définitif.
Les polypes vivent généralement par groupe, en colonies et se nourrissent de plancton. Tous ensemble, avec le temps, ils forment de véritables « murailles sous-marines », appelées récifs coralliens. Quand l’un d’entre eux meurt, un nouveau corail prend naturellement sa place, ajoutant ainsi une nouvelle couche au récif. Les coraux connaissent une vitesse de croissance extrêmement faible.
SOURCE: http://www.rfo.fr