
Un curieux envahisseur à la robe zébrée
L’espèce exotique et nocive pour l’eau appelée la moule zébrée est aux portes du Gipuzkoa et du Pays Basque nord.
La présence de moules zébrées adultes est maintenant une réalité dans les eaux du barrage de Sobron en Alava, et des larves de cette espèce exotique ont été détectées dans celui de Lareo dans la province du Gipuzkoa frontière de la Navarre. Ce sont là les premiers signaux que le mollusque arrive dans la Communauté autonome. Si elle n’a pour l’instant pas été aperçue côté Pays Basque nord, il n’est pas impossible que la moule zébrée s’incruste bientôt dans les eaux douces de nos contrées.
D’après le gouvernement de la communauté autonome, il ne fait aucun doute que cette espèce nocive finira par s’étendre sur tout le territoire. Tomas Epalza, directeur de l’eau au gouvernement basque, affirme que sa propagation "est absolument inévitable. Nous ne vivons pas sur la lune. La moule est partie de la mer Caspienne, a fait un saut jusqu’au Etats-Unis, est arrivée en Europe, est présente dans l’Ebre,..."
M. Epalza indique par ailleurs que la position la plus réaliste est d’accepter que l’espèce va s’installer dans la Communauté Autonome et de faire en sorte de vivre avec elle. "Malheureusement, nous savons que scientifiquement il n’existe rien d’efficace pour lutter contre elle. Alors il reste à intensifier les contrôles pour que le réseau sanitaire et de distribution souffre le moins possible."
Moyen de transport humain
La moule zébrée se propage par les courants, les oiseaux mais ce sont les êtres humains les principaux responsables de la propagation de ces moules. Ces dernières peuvent se fixer sur la coque des embarcations, sur les moteurs, les remorques,... et ainsi parcourir les kilomètres en compagnie des pêcheurs et autres plaisanciers pour ensuite s’implanter dans de nouvelles eaux. Sachant cela, la question se pose de savoir si le "vilain" mollusque est présent dans les eaux douces du Pays Basque français. Que ce soit du côté de l’INRA à St-Pée-sur-Nivelle ou du Centre Technique du littoral à la technopole Izarbel de Bidart, qui surveille la qualité des eaux, "rien n’a été remarqué" et aucun témoignage sur l’éventuelle présence du mollusque n’a pour l’instant été ramené.
Par mesures de sécurité, des recherches ont été effectuées au sud dans tous les cours d’eau, du Miño sur la pointe de la Galice à la Bidasoa. Et, à part le barrage de Lareo toutes les informations sur la présence de la moule zébrée ont été négatives. Les autorités de la Communauté Autonome restent cependant sur leurs gardes quant à une éventuelle propagation.
La moule zébrée (dreissena polymorpha) est une moule d’eau douce, une espèce invasive qui colonise en Europe et en Amérique du nord de nombreux canaux, lacs et cours d’eau, au point parfois de poser des problèmes de dysfonctionnement des écluses, de boucher des tuyaux ou éliminer d’autres espèces indigènes moins résistantes. Ce petit coquillage d’environ 20-30mm de long à l’âge adulte, non comestible, ressemble exactement à une petite moule marine. Elle en a la couleur gris-bleuté et la forme légèrement arquée, sa coquille bivalve est ornée de zébrures en zigzags irrégulières.
infection de l’eau courante
Au Canada, où la moule zébrée est très présente, des chercheurs ont montré dans une étude un lien entre la présence du mollusque et une baisse de la qualité de l’eau potable. "Ce que cette étude comme d’autres suggèrent c’est qu’il existe une forte corrélation entre les moules zébrées et les cyanobactéries. Là où il y a des moules, la prolifération de cyanobactéries est plus fréquente, ce qui affecte la qualité et le goût de l’eau que nous buvons", explique l’un des auteurs, le professeur Andrew Laursen, dans cette étude publiée dans le journal Science of the Total Environment. "Certaines de ces cyanobactéries, appelées autrefois algues bleu-vert, sécrètent des composants chimiques qui modifient le goût de notre eau potable et créent des odeurs nauséabondes", écrit-il.
Les prédateurs du vilain coquillage, une solution écologique ?
A part une surveillance accrue, très peu de solutions existent pour éradiquer la propagation de la moule zébrée une fois cette dernière installée. Cependant, il existe des prédateurs naturels qui raffolent de cet aliment et peuvent aider à limiter le développement de la moule. Chez les poissons, le gardon consomme des zébrées juvéniles. La brème, la carpe et le chevesne sont aussi des consommateurs réguliers du coquillage, tout comme le rat surmulot pour les rongeurs. Mais ce sont deux canards qui raffolent le plus de la "zébrée" et qui sont les plus à même d’en réguler la population dans certains plans d’eau. Il s’agit du fuligule morillon dont la fameuse moule constitue 99,3% de son alimentation, et de son cousin, le fuligule milouin, qui y consacre 93,2% de son alimentation. Ces deux oiseaux sont par exemple fortement présents sur le lac Léman en Suisse, lieu d’une forte concentration de moules zébrées.
http://lejournal.euskalherria.com