Beaucoup de plongeurs Européens peuvent se considérer comme des bienheureux, ils ont en effet déjà leur paradis sur Terre !
Ce paradis se situe à l’ouest du port d’Aden (plus grand port du Yémen) et se nomme « Mer Rouge » (qui doit son nom au développement occasionnel et explosif d’une algue bleu à pigment rougeâtre : Trichodesmium erythraeum).
Mais avant d’accéder à ce paradis sous marin idyllique et luxuriant, il leur faut d’abord traverser un « enfer », certes majestueux, mais ô combien désertique, aride, brûlant, venteux et inhospitalier !
Le contraste est absolu, aussi allons nous faire partager cette descente au « Paradis des plongeurs » et nous attarder en particulier dans son annexe : le Golfe d’Aqaba.
Mais avant de visiter tombants, grottes et canyons débordant de richesses et de vie, un peu de géographie !
La Mer Rouge occupe la plus grande partie du fossé d’effondrement Est Africain dont les origines remontent a plus de 150 millions d’années (parallèlement à l’élévation des Alpes) mais qui ne s’est réellement formé qu’il y a moins de 40 millions d’années et a subi de gros bouleversements il y a moins de 5 millions d’années (en fait, les récifs actuels n’auraient pas plus de 5000 ans). Il se prolonge au nord par le golf d’Aqaba en direction de la Mer Morte et de la Syrie.
Avec 2200 km de long pour une largeur maximale de 350 km, la Mer Rouge atteint cependant une profondeur de 2600 m !
Comparée aux autres mers en général et récifales en particulier, elle est souvent considérée comme la plus originale, la plus belle et la plus riche du monde.
Au Sud, un goulot d’étranglement de 29 km de large avec un haut fond à seulement 130 m de profondeur (Bab el-Mandeb, ou "porte des lamentations" ), sépare la Mer Rouge de l’Océan Indien, d’où un effet de seuil, dont le fonctionnement est comparable à celui du détroit de Gibraltar en Méditerranée (courant superficiel entrant, courant profond sortant).
Quant au golf d’Aqaba avec ses 180Km de long pour une largeur moyenne de 25Km tout en atteignant la profondeur record de 1380m, également isolé du bassin principal par un étranglement, il peut lui-même être comparé à une Mer Rouge en miniature avec de nombreuses îles et des récifs prestigieux.
Ses rives, entourées de montagnes, plongent rapidement à 1000m de profondeur ne laissant, comme dans toute la Mer Rouge, qu’un plateau continental d’une cinquantaine de mètres colonisé pas des récifs frangeant. Ainsi le Golf d’Aqaba se comporte t’il comme une gigantesque auge isolée du bassin principal, alors que le Golf de Suez n’est qu’une mer plate et peu profonde (80 – 90m maximum) pauvre en récifs.
Des étés très chauds et des hivers rudes induisent un environnement extrêmement sec ayant des répercutions sur le comportement hydrologique de la mer. Sa surface peut atteindre 30° C en été et descendre à 21° C en hiver (19 pour le Golf de Suez, raison pour laquelle les récifs coralliens y sont rares).
En profondeur la température ne descend que très lentement, elle est encore de l’ordre de 20° C à 1000m (5° C à la même profondeur dans l’Océan Indien pourtant tout proche). Si l’on y rajoute une ventilation quasi permanente, on obtient une très forte évaporation, d’où une augmentation sensible de la salinité en surface (jusqu'à 4,5%) la densité de l’eau est donc entraînée vers les profondeurs pendant que des eaux moins salées (3,8%) provenant de l’Océan Indien compensent le niveau.
Les marées y sont faibles en raison de son isolement par rapport à l’Océan Indien (amplitude de 0,4 à 0,7 m). La transparence de l’eau est exceptionnelle car l’apport des eaux continentales, chargées en sédiments, est très faible, ce qui entraîne par contre un appauvrissement en substances minérales tels que phosphates ou nitrates, d’où une raréfaction du plancton.
Toutefois, en raison d’une luminosité extrême et de températures favorables, une impressionnante variété de coraux se développe dans une zone qui, en fait, touche les régions tempérées (limite septentrionale des coraux hermathypiques = constructeurs de récifs) et dans laquelle, normalement, ailleurs de par le monde, à la même latitude, on ne trouve pas de récifs coralliens.
A suivre : direction la planète Mer Rouge !
Texte de « Denis Terver » pour un film de « Jean-Pierre Stella »