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Accueil > Biologie et divers > Les sens oubliés des poissons

Les sens oubliés des poissons
Publié par anemone-clown le 26/10/2007 (731 lus)
Pendant longtemps on a cru que les poissons ne possédaient aucune forme d'audition; lorsqu'on tire un coup de feu à côté d'un aquarium, ils' ne battent même pas des paupières: Les poissons ne peuvent pas entendre les sons propagés dans l'air, mais ils entendent parfaitement les sons aquatiques et, bien que ne possédant aucun système spécifique sonore comme les sauterelles ils sont toujours à même de manifester leur présence. Si vous submergez un hydrophone (microphone aquatique) dans une région poissonneuse, vous entendrez toute une gamme de grognements, claquements, raclements et même quelquefois, quand certaines espèces se trouvent en disposition de bavardage, une surprenante rumeur de basse-cour. L'appareil auditif du poisson - premier des vertébrés - est initialement le nôtre. Anatomiquement notre oreille dérive de l'ouïe (sans calembour) devenue inutile hors de l'eau. Embryologiquement, le tympan des mammifères provient du tissu des branchies tandis que l'étrier (l'os qui transmet les vibrations du tympan à l'oreille interne) est en parallèle embryologique avec l'os hyoïde articulant la mâchoire à la tête des poissons.


Le poisson, dans les premiers stades de son évolution, développa probablement l'audition en tant qu'organe d'équilibre. Les requins, possédant de larges canaux semi-circulaires, peuvent directement, à travers le crâne, percevoir les ondes sonores dans la partie postérieure de l'oreille interne. Il n'existe rien de comparable à l'oreille externe humaine ni à la très élaborée oreille moyenne. La plupart des poissons entendent virtuellement avec tout le corps. Pour les sons de basse fréquence et de même longueur d'onde, comme par exemple les vibrations d'unn moteur de sous-marin, le poisson possède un système de pores qui s'étend à travers la peau et les écailles. Sur la tête les pores se prolongent par des tubes appelés céphaliques, tandis que sur les flancs, ilss s'appellent lignes latérales. L'ensemble de ce système est pourvu de minuscules organes réagissant aux changements de pression de l'eau. Ces organes sont pourvus de nerfs se prolongeant jusqu'au cerveau. Quelquefois, cette « écoute corporelle » peut être développée, comme c'est le cas pour la carpe ou le poisson-chat qui possèdent une ouïe excellente, grâce à de minces vésicules remplies d'air et reliées à l'oreille interne par une chaîne de petits os.


Les sons produits par les poissons et les autres animaux aquatiques ont énormément intéressé la marine américaine. En effet, elle ne souhaite pas que ses détecteurs sous-marins se trouvent mystifiés par les sons provenant des poissons ou des tortues marines ou même par le claquement produit par les crevettes. Dans ce but, la marine a subventionné la réalisation de nombreux enregistrements des sons du monde sous-marin.


Les poissons ont de nombreuses manières de produire des sons. En expulsant, par exemple, de l'air par le canal conduisant à la vessie natatoire, ils produisent un bref grognement ; l'air est habituellement expulsé par la bouche, mais chez les loches asiatiques c'est par l'anus. Certains Callionymes produisent des stridulations ou des bruits de friction, comme les insectes. Lorsqu'ils font vibrer l'extrémité de leurs ouïes contre les côtés de la tête, Ils produisent une sorte de bourdonnement qui, peut-être, a une signification plus importante que «voici un callionyme ». Les maquereaux, les poissons-lunes et certains balistes emploient leur denture pharyngée, se trouvant dans l'arrière-gorge, pour produire des séries de grincements de dents. La baudroie à l'aide de sa vessie natatoire, arrive à produire une sorte de sifflement grave comme un steamer miniature. Certains balistes possèdent une membrane tendue juste derrière les nageoires pectorales et au-dessus de la vessie natatoire. Quand ils agitent rapidement les nageoires d'avant en arrière, les rayons jouent le rôle de baguettes et la membrane vibre exactement comme une peau de tambour, la vessie natatoire jouant le rôle de résonateur. Chez certains poissons-chats d'Amérique du Sud, la vessie natatoire est compartimentée et les quatre premières vertèbres sont modifiées en une sorte de ressort. L'une des extrémités rejoint la fin de la vessie près des branchies et l'autre atteint les muscles puissants se terminant à l'arrière de la tête. Ces poissons sont à même d'articuler un code sonore particulièrement riche en faisant vibrer le ressort et les muscles, la vessie natatoire servant d'amplificateur. Un des membres de ce genre, le Galeichthys, doit être un excellent orateur car, en plus de ce tambour variable, il peut produire par stridulation une sorte de miaulement. Ce poisson possède une nageoire pectorale épineuse mobile, qu'il peut bloquer vers l'avant, en une attitude de défense ou d'attaque, en se retournant dans le sens opposé aux aiguilles d'une montre. Ce procédé est silencieux, mais le déblocage, qui consiste à pivoter dans l'autre sens, produit un miaulement très net, tel que pourrait le pousser un matou enroué, et signifie apparemment : « Je vous ai bien eu ! ».


Comme l'étude systématique des bruits produits par les poissons est très récente, les sons et les comportements qui y sont associés n'ont pu être étudiés que parmi les petites espèces élevées en aquarium. 11 est difficile d'expliquer la manière dont les sons sont produits chez les petits poissons, mais en règle générale, les sons de basse fréquence (de 300 à 500 cycles par seconde) sont produits à l'aide de la vessie natatoire ; tandis que les sons au-dessus de 3 500 cycles à la seconde sont produits par différents procédés de friction (stridulation). Dans la famille des Cichlidés le cri d'avertissement, « Br-r-r-r- » (basse fréquence) est associé au comportement d'agression, la fréquence augmentant dans la mesure où la dimension du poisson signalé décroît. Habituellement, le mâle a la voix plus grave que la femelle. Quand elle garde les oeufs ou les alevins, elle poussera son minuscule grognement avant d'attaquer un intrus. Elle produira le même son pendant la période de cour amoureuse quand elle défend agressivement son territoire contre le mâle qui s'efforce de la mordre.


Il est probable que l'objectif le plus important d'un petit poisson, susceptible de devenir la proie d'un grand nombre d'espèces, est d'être parfaitement silencieux. Les poissons nagent avec une absence de sonorité provoquant la stupéfaction des ingénieurs d'hydraulique. Jamais jusqu'à présent, il n'a été possible. de concevoir un mécanisme se déplaçant dans les eaux avec autant de tranquillité! Cette possibilité est innée chez tout animal marin et ne peut probablement pas être artificiellement imitée. Nous nous en approchons dans les mouvements de la nage ; malgré tout, les évolutions de l'ondine la plus expérimentée paraissent une agitation brouillonne comparée aux mouvements d'un requin.


Le requin peut détecter la source de sons de basse fréquence à deux cents mètres de distance, à l'aide de la ligne latérale de cellules qu'il porte sur les flancs. Généralement, les poissons dont il fait sa proie ne produisent pas un bruit suffisant pour être détectés, ils se signalent à leur énorme prédateur quand ils se disputent entre eux ou lorsqu'ils fuient devant un autre ennemi. Les sons se propagent alors en rafales, et en une fréquence aisément perçue par le requin (il perçoit une bande de 7 à 400 cycles par seconde). Ces mêmes vibrations attirent d'autres pirates de l'océan tels que barracuda, mérou.


Texte de D.E. CARR (Bulletin AFA Juillet 1976)


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